Les ≪ Jessours ≫, système d'exploitation des eaux de ruissellement (BP)

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Dernière mise à jour le 26/01/2016 par Gweisenberger
Jessour
Bonne pratique
En arabe: الجسور
Jessour-schema.jpg
Les ≪ Jessours ≫, système d'exploitation des eaux de ruissellement
Caractéristiques
Pays Tunisie
Échelle LOCALE
Thèmes
Valorisation des eaux – Ruissellement – Erosion – Sud-est tunisien
Référent: Nom du ref

C’est la forme la plus ancienne et la plus connue des systèmes tunisiens de collecte et de valorisation des eaux de ruissellement. Les ≪Jessour≫ se trouvent aujourd’hui surtout dans le sud. Il s’agit de construire en cascade des digues en terre parfois consolidée avec des pierres, dans les talwegs et les dépressions, dans le but de retenir les eaux de ruissellement et les matériaux de charriage.

Les jessours c'est super!

Fiche de synthèse

La mise en œuvre de la bonne pratique

  • 2/10 Coûts d’investissement
  • 1/10 Coûts d’entretien/maintenance
  • 1/10 Besoin en formation
  • 1/10 Complexité de mise en œuvre (technique)
  • 3/10 Complexité de mise en œuvre (administrative)
  • 9/10 Acceptabilité par le public

Les impacts de la bonne pratique

  • 4/10 Préservation des ressources en eau
  • 8/10 Lutte contre les inondations
  • 6/10 Lutte contre la désertification
  • 7/10 Atténuation du changement climatique
  • 1/10 Paix sociale
  • 5/10 Bien-être humain
  • 1/10 Prise de conscience des enjeux de l’eau
  • 8/10 Quantité de personnes impactées par la bonne pratique
  • 6/10 Économiques
  • 0/10 Organisation administrative

Description

Les ≪Jessour≫ se trouvent aujourd’hui surtout dans le sud au niveau des jebels. Il s’agit de construire en cascade des digues en terre parfois consolidée avec des pierres, dans les talwegs et les dépressions, dans le but de retenir les eaux de ruissellement et les matériaux de charriage. Dans une région où l’évaporation potentielle est importante, les jessours augmentent la rétention de l’eau dans les sols et permet la réduction de l’érosion. Ces constructions permettent depuis l'Antiquité de garantir les récoltes dans des zones où l'activité agricole est marginale.

Méthodologie

La construction des Jessour exigent une pluviométrie régulière mais également une érosion des parties meuble du sol. L'amoncellement des matériaux meubles permet en effet de constituer le long des digues des couches de sols propices aux cultures. Ce sont les zones d'affleurements de limons à nodules calcaire qui semblent les plus propices à la mise en place des Jessour.

Étapes de la mise en œuvre

L'aménagement des jessour consiste dans la construction de barrages en travers du fond des oueds. Selon les contextes, il peut être construit avec de la terre prélevée au fond de la vallée ou sur les versants et être renforcé avec des pierres. Selon l'écoulement la hauteur variera entre deux et cinq mètres. Il est de forme trapézoïdale et armé en aval par un mur de pierres sèches. On laissera le revers être colonisé par des végétation herbacée qui garantiront la cohérence de l'ensemble. Le sommet peut être facilement aménagé comme sentier pour passer d'un versant à un autre.

Il est possible de compléter la structure et d'en accroître les capacités hydriques en collectant de l'eau des versants au moyen de murettes qui vont canaliser le ruissellement vers les parcelles.

Afin de garantir la durabilité du Jessour, il est important de l'équiper de déversoirs.

On rencontre souvent deux types de déversoirs:

- déversoir latéral ("menfess") : il s'agit d'une coulée à l'extrémité du barrage qui permet à l'eau en excès de s'écouler jusqu'au barrage suivant

- déversoir central ("masraf"): il s'agit d'un seuil déversant installé en milieu de digue et dont la partie aval est en escalier afin de briser l'énergie de l'eau

Difficultés et précautions à prendre

Il est important de bien prendre en compte l'équilibre à conserver entre le stockage de l'eau et les capacités de résistance des digues:

- un déversoir trop haut risque de :

  • priver d'eau les digues en aval
  • emmagasiner trop d'eau et miner les bases de la digue (risque de rupture)

- un déversoir trop bas risque de :

  • piéger insuffisamment d'eau (récolte moins performante)

L'entretien d'un tel système demande des efforts permanents : réfection des seuils, colmatage des brèches, surélévation progressive de la digue (au fur et à mesure de l'amoncellement de limon). Mais ces efforts sont essentiels pour garantir la durabilité de la structure et ceci en particulier en cas de crues.

Particularités

Au delà de 35 mm d'eau ruisselée, tous les Jessour débordent. On estime que cette situation se reproduit à une fréquence de tous les 5 ans.

Coût

Les coûts de construction des Jessours et des déversoirs latéraux sont assez limités et souvent les agriculteurs peuvent y pourvoir en grande partie par eux-mêmes avec une aide minime de l'Etat (mise à disposition de pierre et d'un peu de ciment).

En revanche, les déversoirs centraux demandent souvent plus de compétences techniques et financières. L'intervention de l'Etat pour la construction de ces déversoirs centraux est souvent nécessaire. Certains experts s'accordent à dire que leur durabilité est moindre que celle des déversoirs latéraux.

Bonnes pratiques similaires

Les digues du piedmont peuvent être une pratique assimilée au Jessour des Jebels. Il s'agit de digue édifiée au bulldozer qui stoppent le ruissellement. Ces digues sont bien plus rudimentaires que les Jessour et se trouvent souvent bien plus en aval des oueds.

Où trouver plus d’informations sur cette bonne pratique ?

J. Bonvallot, Tabias et Jessour du Sud tunisien, Agriculture dans les zones marginales et parade à l'érosion, Cahier ORSTOM, série pédologie, vol XXII, n°2, 1986 pp163-171

http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/cahiers/PTP/24510.PDF

Illustrations et schémas