Les ressources en eau des pays de l'OSS

De WikOSS
Aller à : navigation, rechercher
Monographie de l'Eau pays membres de l'OSS.

Sommaire

Préface du secrétaire exécutif de l’OSS

Les ressources en eau sont au cœur de la survie des populations et leur préservation est étroitement dépendante de la capacité à les gérer et à les partager.

C’est particulièrement le cas dans la zone du Sahara et du Sahel, une région où il existe de forts contrastes en termes de variabilité spatio-temporelle des événements hydro-climatiques (précipitations, sécheresses, inondations), de disponibilité en eau (abondance par endroits et pénurie ailleurs), d’accès durable aux services de base (eau potable, hygiène et assainissement).

Spécifiquement, dans la zone saharienne caractérisée par une très faible pluviométrie, les ressources en eau superficielles sont très peu fournies. Dans un tel contexte, les ressources en eau souterraines, constituent une véritable alternative pour combler le déficit.

De même, le recours aux ressources en eau non conventionnelles devient une nécessité. Pour assurer le développement économique et harmonieux de la zone, il faut pouvoir maîtriser cette ressource stratégique et la rendre disponible pour tout et pour tous et en tout lieu. Comme l’a souligné Jean Bosco Bazié, dans la revue « Après-Demain, n°2014/3»[1], « l’Afrique devra engager davantage ses dirigeants dans une plus grande solidarité, une plus grande coopération et une mutualisation des efforts et moyens en vue d’accélérer les progrès dans la mobilisation et la protection de la ressource en eau brute, ainsi que dans la fourniture des services d’eau potable et d’assainissement. Autrement, le continent s’expose à de graves risques environnementaux et à de graves tensions socio-politiques, dommageables pour la paix et la stabilité de l’ensemble de la région et du monde ».

Particulièrement dans la région du Sahara et du Sahel, les investissements pour améliorer la connaissance des ressources en eau sont très limités alors qu’il s’agit d’un préalable fondamental pour asseoir une bonne gouvernance dans le secteur. La planification et la conception rigoureuses des projets durables et économiquement efficaces d’exploitation des ressources en eau dépendent de ce préalable.

L’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) s’investit depuis environ trois décennies à accompagner ses Etats membres pour l’amélioration de la gouvernance des ressources. Ses travaux ont permis d'alimenter les bases scientifiques et techniques et les informations nécessaires à la gestion durable des ressources naturelles et en particulier des ressources en eau souterraines dans sa zone d’action qui compte actuellement 25 pays. L’OSS a en effet mené différentes études techniques et scientifiques sur plusieurs grands aquifères transfrontaliers : Système Aquifère du Sahara Septentrional (SASS), partagé par l’Algérie, la Lybie et la Tunisie en Afrique du Nord; Système Aquifère d’Iullemeden, de Taoudéni/Tanezrouft (SAIT) partagé par sept pays majoritairement en Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina-Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Algérie); Aquifères transfrontaliers de l’Afrique de l’Est (sous-région de l’IGAD)[2] .

Ce document constitue la troisième édition actualisée et élargie à d’autres thématiques par rapport aux deux précédentes Monographies éditées en 1995 puis en 2001. Elle revêt une importance particulière du fait qu'elle capitalise les principaux résultats obtenus de certains engagements pris par les pays (par exemple les OMD) et s'inscrit dans les Initiatives régionales et africaines adoptées par l'ensemble des pays et institutions concernées, durant ces dernières années.

Cette monographie des ressources en eau des pays de la zone d’action de l’OSS a pour objectif de rassembler quelques informations utiles et actualisées sur ces ressources stratégiques et leurs enjeux. Elle se veut un document de synthèse, sous formes cartographique, graphique ou numérique, de données et informations fiables et utiles, en direction des décideurs et gestionnaires des ressources en eau dans les différents pays membres et organismes de bassin.

C’est le lieu de témoigner toute la profonde gratitude de l’OSS à tous les pays et organisations membres ainsi que les partenaires au Développement qui œuvrent inlassablement à ses côtés pour leur contribution et appuis divers, nécessaires à la réalisation de ses missions.

Khatim KHERRAZ,

Secrétaire Exécutif

Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS)

1 Association Après-demain | « Après-demain » - 2014/3, N°31-32, NF|pages 28 à 29. ISSN 0003-7176

2 IGAD : Intergovernmental Authority on Developement

Liste des sigles/acronymes et abréviations

ABM                      Autorité du Bassin du Mono,

ABN                       Autorité du Bassin du Niger

ABV                       Autorité du Bassin de la Volta

AGNU                    Assemblée Générale des Nations Unies

ANRH                    Agence Nationale des Ressources Hydrauliques

APGMV                 Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte

AQUASTAT          FAO’s global information system on water and agriculture

BM                         Banque Mondiale

CARI                     Centre d'Actions et de Réalisations Internationales

CBLT                     Commission du Bassin du Lac Tchad

CENSAD                Communauté des Etats sahélo- sahariens

CICOS                   Commission Internationale du bassin du Congo-Oubangui-Sangha

CIDA                     Canadian International Development Agency

CILSS                    Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel

CPE                        Commission Permanente des Eaux

CRTEAN               Centre Régional de Télédétection des Etats de l'Afrique du Nord

ENDA                    Environnement et Développement du tiers-monde

FAO                       Food and Agriculture Organisation of the United Nations

GDTE                    Gestion Des Terres et des Eaux

GEF                       Global Environment Facility

GICRESAIT          Projet de Gestion Intégrée et Concertée des Ressources en Eau du Système Aquifère de l'Iullemeden-Taoudéni/Tanezrouft et du fleuve Niger

GIRE                     Gestion Intégrée des ressources en Eau

GMMR                  Great Man-Made River

Hab.                       habitant

IGAD                     Intergovernmental Authority on Development

IGRAC                  International Groundwater Resources Assessment Centre

IPEMED                Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen

ITTAS                    Iullemeden Taoudeni/Tanezrouft Aquifer System

KPI                        Key Performance Indicators

NBI                        Nile Basin Initiative

NSAS                     Nubian Sandstone Aquifer System

OBT                       Organismes de Bassins Transfrontaliers

ODD                      Objectifs de Développement Durable à l’horizon 2030 (en anglais: Sustainable Development Goals, ou SDGs)

OMS                      Organisation Mondiale de la Santé

OMVG                   Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Gambie

OMVS                    Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal

ONAS                    Office National de l'Assainissement (Tunisie)

ONEE                    Office National de l’Electricité et de l'Eau Potable -(ONEE Branche Eau)

OSS                        Observatoire du Sahara et du Sahel

PARGIRE/AO       Plan d’Action Régional de Gestion Intégrée des Ressources en Eau/Afrique de l’Ouest

PARIIS                  Projet d’Appui Régional à l’Initiative pour l’Irrigation au Sahel » (PARIIS) ou "Sahel irrigation initiative Project" (SIIP), (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad)

PHI                        Programme Hydrologique International

PIB                         Produit Intérieur Brut

PNUD                    Programme des Nations Unies pour le Développement

PPA                        Parité du Pouvoir d’Achat 

RAOB                    Réseau Africain des Organismes de Bassin

RDC                       République Démographique du Congo

ReSaD                    Réseau Sahel Désertification

RIOB                     Réseau International des Organismes de Bassins

SAED                     Société Nationale d'Aménagement et d'Exploitation des Terres du Fleuve Sénégal

SAIT                      Système Aquifère de l’Iullemeden Taoudéni/Tanezrouft

SASM                     Système Aquifère du Sénégalo-Mauritanien

SASS                      Système Aquifère du Sahara Septentrional

SDC                        Swiss Agency for Development and Cooperation

SOGED                  Société de Gestion et d’Exploitation du Barrage de DIAMA

SOGEM                 Société de Gestion de l'Energie de MANANTALI

SONADER            Société Nationale pour le Développement Rural (Mauritanie)

TWAP                    Transboundary Waters Assessment Programme

UMA                      Union du Maghreb Arabe

UNCCD                 United Nations Convention to Combat Desertification

UNECA                 United Nations Economic Commission for Africa

UNESCO               United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture)

UNICEF                United Nations Children's Fund

USA                       United States of America

WCD                      World Commission on Dams


Définitions des terminologies et termes techniques utilises dans la monographie

Accès à l’eau potable : Il est mesuré en pourcentage de la population utilisant des sources d’approvisionnement en eau potable améliorées. Une source d’eau potable améliorée est une source d’approvisionnement en eau qui, de par la nature de sa construction, protège l’eau de façon satisfaisante de toute contamination extérieure, en particulier des matières fécales. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’eau potable est celle dont la consommation est sans danger pour la santé humaine.

Accès à l’assainissement : Il est mesuré en pourcentage de personnes utilisant des installations d’assainissement améliorées (raccordement au tout-à-l’égout ou à une fosse septique, latrines à chasse rudimentaires, latrines à fosse améliorées et auto-ventilées, et latrines à fosse avec une dalle ou couvertes).

Aquifère transfrontalier : C’est un aquifère ou système aquifère, dont certaines parties sont situées dans deux ou plusieurs États/pays différents.

Bassin versant transfrontalier : Bassin versant couvrant le territoire de plusieurs pays. Par définition, le bassin versant transfrontalier ne tient pas compte des frontières politiques.

Changements climatiques : Variation de l’état du climat, que l’on peut déceler par des modifications de la moyenne et/ou de la variabilité de ses propriétés et qui persiste pendant une longue période, généralement pendant des décennies ou plus ».

Confort hydrique : Un pays est en situation de confort hydrique quand la situation de disponibilité en eau renouvelable est supérieure à 2500 m3/hab./an. Gouvernance : Selon le PNUD, c’est l’exercice des pouvoirs économique, politique et administratif pour gérer les affaires des pays à tous les niveaux. […]. Elle assure que les priorités politiques, sociales et économiques sont fondées sur un large consensus dans la société et que les voix des plus pauvres et des plus vulnérables sont au cœur du processus de décision sur l’allocation des ressources pour le développement.

Indice de dépendance : Indicateur exprimant le pourcentage de ressources en eau renouvelables totales provenant d'autres pays. Un pays dont l'indice de dépendance est de 100% reçoit la totalité de ses ressources en eau renouvelables de l’extérieur, au contraire, un pays doté d'un indice de dépendance égal à 0 pour cent ne reçoit pas du tout d'eau de l’extérieur.

Indice d'exploitation des ressources en eau renouvelables : il s’agit de la part (%) de l’eau prélevée, pour l’ensemble des besoins d’un pays, par rapport au volume annuel moyen des apports naturels.

Installation sanitaire améliorée : C’est une installation d’assainissement qui devra empêcher de façon hygiénique tout contact entre l’homme et des excréments humains. Pénurie d'eau : au sens physique, il y a pénurie d’eau lorsqu’il n’y en a pas assez pour faire face à toutes les demandes, y compris les besoins environnementaux. Selon la FAO, le seuil de pénurie d’eau pour un pays est atteint si la disponibilité en eau renouvelable est inférieure à 500 m3/hab/an.

Potentiel d'irrigation (ha) : Superficie des terres potentiellement irrigables. Une terre irrigable se définit comme étant une terre pouvant être irriguée de façon économiquement rentable. Son estimation tient compte de plusieurs paramètres tels que la disponibilité des ressources et en terres en eau, les aspects économiques (distance et/ou différence d'élévation entre les terres susceptibles d'être irriguées et l'eau disponible) et les aspects écologiques.

Prélèvement en eau : Définit la quantité d’eau extraite de sa source pour un usage particulier. Les prélèvements peuvent être catégorisés selon les secteurs d’utilisation ou les types d’utilisation. La somme des prélèvements de tous les secteurs/catégories correspond aux prélèvements totaux en eau.

Ressources en eau exploitables : Ce sont les ressources susceptibles d'être mises en valeur, en prenant notamment en considération la faisabilité économique et environnementale.

Ressources en eau renouvelables : Quantité/volume d’eau pouvant être renouvelée annuellement. Elle prend en compte les eaux superficielles et les eaux souterraines renouvelables et peut être catégorisée en ressources en eau renouvelables intérieures et ressources en eau renouvelables extérieures (flux générés hors du pays mais entrant dans le pays) ; par oppositions aux ressources en eau non renouvelables dites fossiles qui ne se renouvellent quasiment pas.

Stress Hydrique : Selon la FAO, le stress hydrique pour un pays est atteint si la disponibilité en eau renouvelable est comprise entre 500 et 1 000 m3/hab./an.

Vulnérabilité hydrique : Selon la FAO, la vulnérabilité hydrique a lieu si la disponibilité en eau d’un pays ou d’une région se situe entre 1000 et 1700 m3/hab./an.


Note sur l’observatoire du Sahara et du sahel (OSS) et ses missions

L'Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) est une organisation internationale intergouvernementale à vocation africaine, créée en 1992, et établie à Tunis (Tunisie) depuis 2000.

L’OSS compte en 2020, 32 Etats membres (dont 25 pays d’Afrique et 7 pays non africains) et treize organisations (internationales, sous-régionales et des organisations non gouvernementales (Figure 1), comme suit :

  • 25 pays africains : Algérie, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Cap Vert, Côte d’Ivoire, Djibouti, Egypte, Erythrée, Ethiopie, Gambie, Guinée-Bissau, Kenya, Libye, Mali, Maroc, Mauritanie, Niger, Nigeria, Ouganda, Sénégal, Somalie, Soudan, Tchad et Tunisie.
  • 7 pays non africains : Allemagne, Belgique, Canada, France, Italie, Luxembourg et Suisse
  • 13 organisations membres :
  1. Centre d'Actions et de Réalisations Internationales (CARI)
  2. Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS)
  3. Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT)
  4. Communauté des Etats sahélo- sahariens (CENSAD)
  5. Centre Régional de Télédétection des Etats de l'Afrique du Nord (CRTEAN)
  6. Intergovernmental Authority on Development (IGAD)
  7. Environnement et Développement du tiers-monde (ENDA)
  8. Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO)
  9. Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte (APGMV)
  10. Réseau Sahel Désertification (ReSaD)
  11. United Nations Convention to Combat Desertification (UNCCD)
  12. Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO)
  13. Union du Maghreb Arabe (UMA).

La zone d'action actuelle de l’OSS s’étend sur une superficie d’environ 17,520 millions de km2, soit 57% de la superficie du continent africain . Les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (Cameroun et Tchad) couvrent 41% de la superficie totale, ceux de l’Afrique du Nord occupent 33%, et ceux de l’Afrique de l’Est, 26%. Elle dispose de 21 700 km de longueur de côtes (OSS, 2017).

Figure1.png

Figure 1. Pays membres de l’OSS

L’OSS a pour mission d’appuyer ses pays membres africains dans la Gestion intégrée et concertée des ressources naturelles dans un contexte de changement climatique particulièrement défavorable. Cette mission s’appuie nécessairement sur la transmission des connaissances, le renforcement des capacités et la sensibilisation de toutes les parties prenantes. Pour 2030, la stratégie de l’OSS dans le domaine de l’Eau tend à contribuer à la satisfaction des besoins en eau des populations des Etats membres de l’OSS et à la gestion durable des ressources en eau en mettant l’eau au sommet des agendas politiques L’OSS s’est donc engagé à travers sa Stratégie à :

  • Améliorer/renforcer la connaissance des ressources en eau souterraines et superficielles de la région, et sur leurs interactions, notamment en ce qui concerne les eaux partagées;
  • Contribuer à la mise en place d’outils de planification pour la satisfaction des besoins en eau des populations à court, moyen et long termes;
  • Encourager et soutenir les politiques de gestion intégrée et durable des ressources en eau;
  • Contribuer à améliorer et à pérenniser la gouvernance des ressources en eau partagées.

Ces engagements s’inscrivent, par ailleurs, dans le cadre des Objectifs du Développement Durable et de l’Agenda 2063.

Structuration du document

  • Cette monographie intègre principalement les éléments suivants:
  • Un aperçu global sur les ressources en eau dans l’espace OSS;
  • Une situation de la mobilisation et de l’utilisation des eaux;
  • Une analyse des différentes pressions que subissent ces ressources;
  • Un état de la fourniture des services de base;
  • Un état de la gouvernance des ressources en eau dans l’espace OSS

Introduction générale

Aire d’intérêt de la monographie

L’action de l’OSS couvre la zone sahélo-saharienne de l’Afrique (des côtes Ouest-Africaines aux côtes de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique du Nord) et demeure unique par sa richesse naturelle, ses spécificités géographiques et historiques. C’est un espace caractérisé par son originalité, ses permanences (la mer, le climat, le relief, la biodiversité, les populations, les richesses culturelles et les paysages). La zone d'action de l'OSS comprend des régions à climats hyper arides, arides, semi-arides et sub-humides sèches de l'Afrique (Figure 2), avec la présence d’un climat désertique qui se manifeste par une sécheresse extrême, des températures très élevées et de très fortes amplitudes thermiques.

Cette zone d’action s’étend en totalité ou partiellement sur quatre sous-régions à savoir :

  • L’Afrique du Nord sise au carrefour de trois continents ; elle intègre le plus grand désert du monde (le Sahara avec près de 9 millions de km²). Le climat dans la région est influencé par la Méditerranée au nord, l’océan Atlantique à l’ouest, le Sahara au centre sud et dans une moindre mesure le Sahel à l’extrême sud de la zone. Le bioclimat en Afrique du Nord varie de l’humide à l’hyperaride. Les précipitations annuelles varient de 0,5 mm (Louxor) à 1600 mm (Tanger). Des températures extrêmes ont été enregistrées à Ain Salah (66°C) et Ifrane (-23°C). L’Afrique du nord est la région la plus sèche et la plus pauvre en eau du monde et cela affecte de plus en plus le développement socio-économique de la plupart des pays de la région. On y recense environ 0,7% des ressources en eau douce disponibles par rapport aux ressources totales mondiales.
  • L’Afrique de l’Ouest s’étend sur un espace sahélo-saharien avec des savanes, des steppes et des régions désertiques. On y distingue les principales zones climatiques suivantes (du nord au sud de la région): hyper-aride, aride, semi-aride et subhumide. Dans la zone hyper aride (saharienne) jouxtant le désert du Sahara dans sa partie méridionale, le cumul des pluies annuelles n’atteint pas les 200 mm et les précipitations durent seulement deux mois (mi-juillet - mi-septembre). Le climat aride se manifeste dans les zones sahéliennes où les hauteurs de pluies annuelles ne dépassent pas les 600 mm avec des saisons sèches prolongées (jusqu’à 10 mois). Le climat semi-aride régit les zones sahélo-soudaniennes avec des précipitations annuelles moyennes variant entre 750 mm et 1250 mm. Le climat subhumide caractérise la plupart des pays côtiers du Golfe de Guinée et dans une moindre mesure, les zones méridionales de certains pays sahéliens avec des précipitations annuelles variant entre 2000 et 3000 mm. Les températures sont généralement élevées tout au long de l'année, en moyenne 25°C mais peuvent atteindre plus de 40°C dans le Sahel avec une forte amplitude journalière.
  • L’Afrique centrale (Cameroun et le Tchad). Au Cameroun, trois types de climat (équatorial, soudanien et soudano-sahélien) sont présents avec une dominance des climats équatorial et soudanien. La pluviométrie annuelle varie de 500 mm (au nord) à 2000 mm (au Sud) et les températures se situent entre 20°C et 25°C. Le Tchad est quant à lui nettement plus sec que le Cameroun avec une dominance du climat saharo-sahélien au nord et au centre et le climat soudanien dans la partie méridionale du pays. La pluviométrie annuelle varie suivant un gradient nord-sud de 100 mm à 1200 mm (du Nord au Sud) et les températures varient de 20°C à 40°C.
  • L’Afrique de l’Est est caractérisée suite à l’activité volcanique par un paysage tourmenté. Elle renferme à la fois les points les plus élevés et les plus bas du continent africain (-153 m au niveau lac Assal à Djibouti et +5895 m au niveau sommet du mont Kilimandjaro en Tanzanie) et abrite de nombreux plans d'eau, raison pour laquelle elle est nommée région des grands lacs. Le climat dans la région varie entre les conditions fraîches et humides des hautes terres occidentales et les conditions chaudes, arides et semi-arides dans les parties de la Corne (de l’Afrique) sous l'influence des eaux chaudes de l'océan Indien. Les zones d’altitude reçoivent les précipitations les plus abondantes (1500 mm/an à 2000 mm/an) tandis qu’au niveau des zones de la Corne de l’Afrique elles sont nettement moindres (moins de 700 mm/an). Dans la plupart des régions, les températures restent élevées tout au long de l'année(en moyenne 28°C) à l’exception des territoires montagneux en Ethiopie, au Kenya et en Tanzanie où elles sont plus fraîches (en moyenne 15°C). Au regard des similitudes, du point de vue caractéristiques physiques, climatiques et socio-démographiques, les deux pays de l'Afrique du Centre (Cameroun et Tchad) seront associés à ceux de l'Afrique de l'Ouest, dans la suite des analyses.

Figure2.png

Figure 2. Carte d’Indice d’aridité Source des données: UNEP, 2009

Signaler.png



Caractéristiques socio-démographiques de la zone

La population totale de la zone d’action de l’OSS est passée de 146 millions d’habitants en 1950 à environ 800 millions d’habitants en 2019 (soit 62% de la population totale africaine8) avec un taux d'accroissement moyen annuel de 2,5 %. La population urbaine9 est estimée à 40 % de la population totale, soit 320 millions d'habitants et la population rurale à 60 %, soit 48 millions d’habitants (Knoema, 2019; BM, 2019).

Cette population est inégalement répartie avec une densité allant de 0 à plus de 1000 habitants au km² (Figure. 3).

. Figure3.png

Figure 3. Carte de densité moyenne de la population de la zone d’action de l’OSS

Source des données : FAO & CIESEIN, 2009

D’après les projections des Nations Unies, cette population sera d’environ 1 milliard d’habitants en 2030 et elle avoisinera 1,500 milliards d’habitants en 2050, avec un taux d’accroissement moyen annuel de 2 % (Figure 4).

Figure4.png

Figure 4. Projection de la population de la zone d’action de l’OSS

Source des données : UN, World Population Prospects, 2019

L’espérance de vie à la naissance est passée de 40,510 ans en 1960 à 66 ans en 202011, soit une augmentation moyenne de plus de 50%. Le taux de mortalité infantile est de 72‰ en moyenne en 202012.

En 2018, le PIB13 par habitant avait une moyenne de 1842 $ US avec un maximum de 7241 $ US et un minimum de 314 $ US. La zone d’action de l’OSS dispose d’un indice de développement humain (IDH) 14 moyen de 0,533 ; il varie entre 0,37 et 0,76. Concernant la pauvreté, environ 28 % de la population de la zone d’action vit sous le seuil de 1,25 $ US/jour (sur la base des taux de conversion 2011 en parité de pouvoir d’achat - PPA) selon l’indice de pauvreté (PNUD, 2016).

En 2017, la prévalence de sous-alimentation15 variait de 3,9% à 37,5%. Pour ce qui est de la capacité des barrages par habitant, elle variait en 2015 entre 2,1 m3/hab (au Bénin) à 1866 m3/habit (en Ouganda)16.

Au niveau de l’éducation17, les pays de la zone d’action de l’OSS enregistrent un taux de scolarisation moyen de 77,9%. Le taux du nombre des étudiantes atteint 49,76% par rapport au nombre total, des étudiants.

Signaler.png



Les grandes unités d’occupation du sol dans la zone

Plus de la moitié de la zone d’action de l’OSS est constitué de sol nu très peu végétalisé ou sous forme d’étendue dunaire avec seulement 0,3 % de zones urbanisées. Les principales unités d'occupation du sol dans la zone d’action de l'OSS sont présentées à la figure 5 et se répartissent comme suit :

  • Zones désertiques et affleurement rocheux : 4 680 990 km², soit 26%
  • Végétation naturelle (Forêt, savane, maquis, steppe, etc.) : 6 126 543 km², soit 35%
  • Espace agricole : 1 955 957 km², soit 11%
  • Plan d'eau : 116 310 km², soit 1%
  • Sol nu très peu végétalisé : 459 461 km², soit 26%
  • Plaine inondable : 158 663 km², soit 1%
  • Habitat : 53 292 km², soit 0,3%

Figure5.png

Figure 5. Carte d'occupation des sols dans la zone d’action de l’OSS

Source: OSS, 2017

Signaler.png


Les ressources en eau dans l’espace de l’OSS

Aperçu général

La zone d’action de l’OSS dispose de 1360 milliards de m3 de ressources en eau annuelles renouvelables (FAO-Aquastat, 2017), inégalement réparties selon les régions (Figure 6): 72% pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, 20% pour l’Afrique de l’Est et 8% pour l’Afrique du Nord.

  • La plupart des eaux de surface sont localisées dans les grands bassins hydrographiques transfrontaliers dont les plus importants dans la zone sont les bassins du Nil, du Niger, du Sénégal, du lac Tchad, et de la Volta. L'ensemble des cours et plans d'eau de la zone totalise environ 1302 milliards de m3/an d'eau renouvelable (y compris une part commune entre eaux de surface et eaux souterraines)18. Il existe néanmoins assez de disparités dans la répartition spatiale de ces ressources:
  • Afrique de l’Ouest et centrale: 943 milliards de m3/an 
  • Afrique de l'Est : 268 milliards de m3/an. 
  • Afrique du Nord : 91 milliards de m3/an ;
  • Les ressources en eau souterraine renouvelables totalisent quant à elles un volume de 364 milliards de m3 par an. Comme pour les eaux de surface, il existe également un déséquilibre quantitatif de la répartition spatiale des eaux souterraines. Ainsi, la région de l'Afrique du Nord ne dispose que de 4% alors que les régions de l'Afrique de l'Est et de l'Ouest ont respectivement 16% et 80%. Par ailleurs, il existe dans la zone d'action de l'OSS, d’importantes ressources en eau peu renouvelables dites fossiles, évidemment pas entièrement exploitables et évaluées à près de 656000 milliards de m3 (OSS, 2016).

Les eaux souterraines sont localisées dans les aquifères des grands bassins sédimentaires ou cristallins, pour la plupart partagés par plusieurs pays et faiblement renouvelés. Les réserves théoriques des plus importants systèmes aquifères partagés de la zone se présentent comme suit: 

  • Système Aquifères des Grés de Nubie : 500 000 milliards de m3; 
  • Système Aquifère du Sahara Septentrional: 60 000 milliards de m3;
  • Système Aquifère du bassin de Taoudéni/Tanezrouft: 10 000 milliards de m3;
  • Système Aquifère du bassin du Lac Tchad: 5 800 milliards de  m3;
  • Système Aquifère de l'Iullemeden: 5 000 milliards de m3;
  • Système Aquifère de Murzuk: 4 800 milliards de m3 ;
  • Système Aquifère du Sénégalo-Mauritanien: 1 500 milliards de  m3;
  • Système Aquifère de Tindouf: 800 milliards de m3; 
  • Système Aquifère d'Er Rachidia - Béchar: 320 milliards de m3;
  • Système Aquifère de la Djeffara: 170 milliards de m3 ; 

Figure6.png

Figure 6. Répartition des ressources en eau renouvelables des pays membres de l’OSS

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT

La situation de disponibilité en eau dans la zone d’action de l’OSS se présente comme suit : 

  • Près de 60 millions de personnes vivent dans des pays qui connaissent une situation de pénurie d'eau (Disponibilité en eau renouvelable moins de 500 m3/hab./an);
  • 258 millions de personnes vivent dans des pays qui sont en situation de stress hydrique avec 500< Disponibilité en eau renouvelable <1000 m3/hab./an;
  • 365 millions de personnes vivent dans des pays qui sont en situation de vulnérabilité hydrique avec 1000 < Disponibilité en eau renouvelable <1700 m3/hab./an.
  • Près de 120 millions de personnes vivent dans des pays qui sont en situation de sécurité hydrique voire de confort hydrique (Disponibilité en eau renouvelable de plus de 1700 m3/hab./an).
  • Les populations les moins dotées en eau se situent principalement dans la région de l’Afrique du Nord. On y enregistre de fortes pressions sur les ressources renouvelables et cette situation pourrait davantage s’aggraver dans le temps. 
  • Du point de vue de l'exploitation des ressources en eau renouvelables, il existe également une grande disparité entre les régions : 
  • C'est en Afrique du Nord que le taux de prélèvement est le plus élevé, soit de près de 106% des ressources en eau renouvelables. 
  • en Afrique de l'Est, les prélèvements avoisinent 17 %. 
  • En Afrique de l'Ouest (y compris le Cameroun et le Tchad), seulement 3% sont prélevées et l’irrigation reste le premier consommateur de l’eau malgré quelques disparités entre les sous régions (77%, 74% et 72% respectivement pour l’Afrique du Nord, l'Afrique de l'Est puis l’Afrique de l’Ouest et du Centre. 
Signaler.png


Origines et types des ressources eau dans les pays de l'OSS

Dans zone d’action de l’OSS, les ressources en eau présentes dans un pays donné peuvent être de diverses origines (OSS, 1995 ; OSS, 2001) :

  • Les pays dont les ressources en eau sont dominées par les eaux superficielles d'origine interne associées à une part appréciable d'eau souterraine renouvelable. Les zones où l'on rencontre ce type de ressource se trouvent principalement dans les massifs anciens du Sahara (Hoggar, Aïr et Tibesti) et dans les zones de socle des pays sahéliens;
  • Les pays dont les ressources en eau sont dominées par les eaux superficielles (fluviales et ou lacustres) ayant une importante part d'origine externe au pays. A ces ressources, sont généralement associées les eaux souterraines des aquifères alluviaux peu profonds sous-jacents. Les pays concernés ont une forte dépendance par rapport aux pays émetteurs situés en amont. Il s'agit par exemples de l'Egypte, du Soudan, de la Mauritanie, du Mali, du Niger, du Tchad, etc. Ces ressources sont les plus sensibles aux sécheresses;
  • Les pays dont les ressources en eau sont principalement constituées des eaux souterraines fossiles, très peu ou pas renouvelables. Ces ressources constituent les grands réservoirs aquifères sédimentaires transfrontaliers. C’est le cas du Sahara (désert occidental d’Egypte, Libye, Sahara algérien et tunisien) et des zones sahariennes sédimentaires des pays sahéliens (Mali, Niger, Tchad, Soudan, etc.).

Les activités de l’OSS sont essentiellement focalisées sur les ressources en eau transfrontalières des aquifères partagés prenant en compte leurs relations hydrauliques avec les ressources de surface des bassins hydrographiques qui les surmontent.

Signaler.png


Ressources en eau partagées de l'espace de l'OSS

Eaux superficielles partagées

Vue générale et données de base sur quelques cours d'eau et bassins transfrontaliers

Sur les 263 bassins fluviaux et lacustres majeurs transfrontaliers identifiés dans le monde, près de 80 se trouvent en Afrique. 

Dans la zone d'action de l’OSS il y a plus d’une trentaine de bassins fluviaux et lacustres transfrontaliers (Figure 7) dont les plus importants sont décrits ci-dessous. En termes de suivi et de connaissance de ces cours et plans d’eau, il convient de préciser que d'importants efforts restent à faire. A titre d'exemples, les informations de base à l'instar des débits moyens de certains de ces cours d'eau restent à ce jour insuffisamment connus.

Le tableau 1 fournit les informations de base sur les importants cours d'eau et bassins hydrographiques transfrontaliers de la zone d'action de l'OSS, dont une dizaine seulement est bien renseignée. Des informations détaillées ont été également fournies sur quelques-uns de ces cours d'eau et bassins hydrographiques transfrontaliers, au regard de leurs particularités (taille, importance écologique et économique, mode de gestion, problèmes particuliers, ...).  

Figure7.png

Figure 7. Bassins fluvio-lacustres dans la zone d’action de l’OSS 

Source: FAO-Aquastat 2002

Tableau 1. Données de base sur les principaux bassins transfrontaliers de la zone d’action de l’OSS  
Bassin Longueur du cours principal (km) Débit moyen à l'embouchure (m3/s) Superficie du bassin versant (km²) Pays riverains** Embouchure Organisme de bassin
Nil 6 650 2 830 3 112 369 Burundi (13260), Egypte (326 751),

Erythrée (121890), Ethiopie (365117), Kenya (46229), Ouganda (231366), République démocratique du Congo (22143), Soudan (1978506), Rwanda (19876), Tanzanie (84200)

Mer Méditerranée Nile Basin Initiative (NBI) créée

en avec son siège en 1999

Niger 4 184 6 000 2 113 200 Algérie (161300), Bénin (45300) ;

Burkina Faso (82900) ; Cameroun (88100) ; Côte d’Ivoire (22900) ; Guinée (95900) ; Mali (540700) ; Niger (497900) ; Nigeria (584193), Tchad (16400)  ; 

Océan Atlantique Autorité du Bassin du Niger (ABN)

créée en 1963 avec son siège basé à Niamey (Niger)

Sénégal 1 790 640 436 000 Guinée (30 800) ; Mauritanie (219

100) ; Mali (150 800), Sénégal (35 200) ;

Océan Atlantique Organisation pour la Mise en

Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) créée en 1972 avec son siège basé à Dakar

Volta 1 350 1 100 412 800 Bénin (15000); Burkina Faso

(173500); Côte d’Ivoire (13500), Ghana (166000); Togo (25800); Mali (18800); 

Océan Atlantique Autorité du Bassin de la Volta

(ABV), créée en 2007 avec son siège basé à Cotonou (Bénin)

Comoé 759 106 78 100 Burkina Faso (16 900) ; Côte

d’Ivoire (58 300) ; Ghana (2 200) ; Mali (700)

Océan Atlantique  
Gambie 1 130 149 69 900 Gambie (5 900) ; Guinée (13 200),

Sénégal (50 700);

Océan Atlantique Organisation pour la Mise en

Valeur du Fleuve Gambie (OMVG) créée en 1967 avec son siège basé à Dakar

Sassandra 840 550 68 200 Côte d’Ivoire (59 800) ; Guinée (8

400)

Océan Atlantique  
Ouémé 500 170 59 500 Bénin (49 400) ; Nigeria (9700) ;

Togo (400)

Océan Atlantique  
Cross 480 570 52 800 Cameroun (12500), Nigeria (40300) Océan Atlantique  
Atui     32 600 Mauritanie (20500) ; Maroc (12100) Océan Atlantique  
Cavally 700 150 30 600 Côte d’Ivoire (16 600) ; Guinée (1

300), Liberia (12 700) ; 

Océan Atlantique  
Rio

Corubal

    24 000 Guinée-Bissau (6 500), Guinée (17

500) ; 

Océan Atlantique  
Medjerda 460 29 23 700 Algérie, Tunisie Mer Méditerranée  
Mono 350 55 23 400 Bénin (1 100), Togo (22 300)

 ; 

Océan Atlantique Autorité du Bassin du Mono (ABM),

créée en 2006 avec son siège basé à Ouagadougou (Burkina-Faso)

Moa     22 500 Guinée (8 800) ; Libéria (2900),

Sierra Leone (10 800)

Océan Atlantique  
Saint-Paul     21 200 Guinée (9 400), Liberia (11 800)

 ; 

Océan Atlantique  
Little

Scarcies

    18 900 Guinée (5 900), Sierra Leone (13

000)

Océan Atlantique  
Saint John     15 600 Guinée (2 600), Liberia (13 000) Océan Atlantique  
Tanoé     15 600 Côte d’Ivoire (1 800), Ghana (13

800)

Océan Atlantique  
Cestos     15 000 Côte d’Ivoire (2 200), Guinée (9

400), Liberia (16 600) ; 

Océan Atlantique  
Rio Geba     12 800 Guinée (50), Guinée-Bissau (8 700)

 ; Sénégal (4 100) 

Océan Atlantique  
Guir 433   12580 Algérie, Maroc Mer Méditerranée  
Great

Scarcies

    12 100 Guinée (9 000), Sierra Leone (3

000)

Océan Atlantique  
Loffa     11 400 Guinée (1 300), Liberia (10 100)

 ; 

Océan Atlantique  
Bia     11 100 Côte d’Ivoire (4 600), Ghana (6

500)

Océan Atlantique  
Mana-Morro     6 900 Liberia (5 700), Sierra Leone (1

200)

Océan Atlantique  
Akpa Yafi     4 900 Cameroun (3 000), Nigeria (1 900) Océan Atlantique  
Lac

Tchad

NA   NA Bassin actif:

2 381 635 km2 théoriquement mais le bassin conventionnel ne fait que 967 000 km2

Cameroun, Centrafrique, Libye,

Niger, Nigéria, Tchad

Lac endoréique Commission du Bassin du lac Tchad

(CBLT), créée en 1964 avec son siège basé à Ndjamena (Tchad)

''

Source : Hissel, 2013

** Les chiffres entre parenthèses désignent les superficies du bassin (km²) dans le pays

Signaler.png


Caractéristiques de quelques bassins hydrographiques transfrontaliers dans la zone d'action de l'OSS

  • Bassin du Nil

Le Nil, avec une longueur totale de 6 650 kilomètres et un débit moyen de 2830 m3/s, est le deuxième plus long fleuve du monde après l’Amazone. Son bassin versant couvre plus de 3 millions de km² (Figure 8). Il est formé par la confluence, à Khartoum, du Nil Bleu et du Nil Blanc. Le Nil Blanc prend sa source dans le lac Victoria alors que la source du Nil Bleu se trouve au niveau du lac Tana (ou Tsana) en Ethiopie. Son embouchure se trouve en Egypte où il forme un delta (Delta du Nil) avant de se jeter dans la Méditerranée. Le bassin hydrographique du Nil est partagé par 11 pays à savoir, l’Égypte, le Soudan, le Soudan du Sud, l’Éthiopie, l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya, l’Érythrée, le Rwanda, le Burundi et la République Démocratique du Congo (RDC).

Les ressources naturelles du bassin du Nil sont soumises à une importante pression engendrée principalement par l'agriculture, la prolifération des espèces végétales aquatiques envahissantes, les feux de brousse, l'exploitation minière, l'urbanisation, le changement climatique. A ces difficultés s’ajoutent la pression démographique, la pauvreté et l'insécurité.

L’organisme en charge de la gestion du Bassin est l’Initiative du Bassin du Nil – Nile Basin Initiative (NBI), établie en 1999 et dont le siège actuel se trouve à Entebbe (Ouganda). L’objectif de l’Initiative est de renforcer la coopération entre les Etats du bassin pour un développement économique durable à travers l’utilisation équitable des ressources en eau. Figure8.png

Figure 8. Limites et hydrographie du bassin du Nil

Source de données : FAO-AQUASTAT, 2011

  • Bassin du fleuve Niger

 Le fleuve Niger, d’une longueur d’environ 4200 km draine un bassin hydrographique de plus de 2,2 millions de km² (Figure 9), dont environ 1,5 millions de km² de bassin hydrologique actif étendu sur neuf (9) pays (Bénin, Burkina-Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria et Tchad)19(ABN, 2007). Le fleuve prend sa source dans le massif du Fouta-Djalon en Guinée et son embouchure se trouve au Nigeria où il forme un delta (Delta du Niger) avant de se jeter dans l’Océan Atlantique. De sa source à son embouchure, il traverse les régions sahéliennes et subdésertiques, où il perd une part importante de ses apports hydriques (25 à 50 %), principalement par évaporation.

Le bassin du fleuve englobe plusieurs zones climatiques et peut être divisé en quatre sous-systèmes hydro-géographiques distincts :

  • Le Niger Supérieur qui comprend trois (03) affluents principaux à savoir le Tinkisso, le Milo et le Niandan. 
  • Le Delta Intérieur au Mali comprend un système complexe et géographiquement étendu d’affluents, de lacs et de plaines inondables qui ont connu un développement considérable. 
  • Le Niger Moyen: situé en amont de la République du Niger où le fleuve reçoit un apport des affluents du Burkina-Faso à savoir le Garouol, le Dargol et la Sirba. 
  • Le Niger Inférieur qui reçoit plusieurs affluents majeurs, dont les rivières Sokoto, Kaduna et la Bénoué. 

Les modules moyens annuels du fleuve au cours de la saison 2015/2016 se présentent, d’amont en aval, comme suit : 1002 m3/s à Koulikoro (Mali) dans le Niger Supérieur, 1973 m3/s à Diré (Mali) dans le Delta Intérieur, 958 m3/s dans le Delta aval et 6054 m3/s à Lokoja (Nigéria) dans le Niger Inférieur. 

Les Problèmes particuliers du Bassin du Niger (ABN, 2013) sont : 

  • Au plan environnemental et écologique : le changement climatique, la dégradation des sols du bassin versant, la déforestation, la surexploitation des ressources halieutiques, la pollution des eaux du fleuve Niger par les rejets domestiques et industriels et particulièrement par les activités pétrolières dans le Delta Maritime (au Nigéria); 
  • Au plan économique: la faiblesse et l’insuffisance des infrastructures et équipements socio-économiques qui ont pour corollaire l'accroissement de la pauvreté des populations du bassin.

L'Autorité du Bassin du Niger (ABN) est l'organe intergouvernemental chargé de la gestion coordonnée et concertée des ressources du Bassin. Elle a été créée depuis 1964, avec son siège à Niamey et comprend 09 Etats partageant le bassin (l’Algérie étant membre observateur). 

Figure9.png

Figure 9. Limites et hydrographie bassin du fleuve Niger

Source de données : FAO-AQUASTAT, 2009

  • Bassin du fleuve Sénégal

Le fleuve Sénégal, long d'environ 1800 km avec un débit moyen de 690 m3/s est alimenté par un bassin versant d'environ 436 000 km² partagé par quatre (04) pays à savoir la Guinée-Conakry, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal (Figure 10). Les trois principaux affluents du fleuve Sénégal (le Bafing, le Bakoye et le Falémé) prennent leur source dans le Massif du Fouta-Djalon (en République de Guinée). Le Bafing draine la plus grande part des eaux du fleuve (environ 60%).

De grands ouvrages hydrauliques, à l'image des barrages de de Manantali (11,5 milliards de m3) et de Diama (0,25 milliards de m3), propriétés communes des quatre pays riverains du bassin, permettent la satisfaction d’une partie de leurs besoins en électricité ainsi qu’une production agricole importante.

Les problèmes environnementaux et écologiques transfrontaliers qui se posent avec acuité sur le bassin sont la dégradation des terres, les feux de brousse, l’altération des zones humides et la modification de l’hydrodynamique estuarienne, la dégradation de la faune ichtyologique, ainsi que les changements dans la disponibilité des eaux de surface. A ces problèmes s'ajoute également la présence massive d’espèces aquatiques envahissantes (notamment le Typha) favorisée par les deux grands barrages et les périmètres irrigués qui ont ensemble changé le régime hydrologique et la qualité des eaux du fleuve.

La gestion des eaux du fleuve Sénégal, est du ressort de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS), organisme inter-gouvernemental basé à Dakar (Sénégal) mis en place en 1972 par trois des quatre Etats (Mali, Mauritanie, Sénégal) partageant les ressources du bassin. La Guinée va rejoindre l'organisation plus tard, en 2006. Ses objectifs sont triples: le développement de l’agriculture irriguée, la production d’énergie et la navigation. L'OMVS est reconnue comme l'un des organismes de bassin les plus dynamiques et un exemple réussi de gestion d'un grand bassin transfrontalier en Afrique, au regard de ses dispositions techniques et juridiques innovantes permettant une amélioration de la gestion des ressources du bassin et l'accroissement des bénéfices qui en découlent au profit des Etats membres et de leur population. L'OMVS assure actuellement le Secrétariat Technique du Réseau Africain des Organismes de Bassin (RAOB).


Figure10.png

Figure 10. Limites et hydrographie bassin du fleuve Sénégal

Source de données : FAO-AQUASTAT, 2009

  • Bassin de la Volta

La Volta est longue d'environ 1350 km avec un bassin versant d'environ 400000 km² partagé par six (06) pays à savoir le Bénin, le Burkina-Faso, la Côte-d’Ivoire, le Ghana, le Mali et le Togo (Figure 11). Son débit moyen est d’environ 1100 m3/s à son embouchure. Le bassin de la Volta comporte quatre (04) sous-bassins dont les principaux affluents sont: le Mouhoun (Volta Noire), le Nakambé (Volta Blanche), la rivière Oti (qui prend sa source au Bénin sous le nom de Pendjari et traverse le Togo avant de rejoindre la Volta au Ghana), la basse Volta constituée de petites rivières qui se jettent directement dans le Lac Volta (Barrage d’Akosombo) au Ghana. Le Burkina-Faso et le Ghana ont les plus grandes proportions du bassin, respectivement 43% et 42%.

Plusieurs ouvrages sont construits pour les besoins en eau d’irrigation, l’hydroélectricité et les usages domestiques. Le plus grand est le barrage hydroélectrique d’Akossombo au Ghana (8700 km2, 148000 millions de m3 et 1020 MégaWatts). Les autres importants barrages du bassin sont : Kompienga (2025 millions de m3 et 14 Mégawatts), Bagré (1700 de millions m3 et 16 Mégawatts), Bui (12570 millions de m3 et 400 Mégawatts), Kpong (12350 millions de m3 et 400 Mégawatts), Lerinord Seourou (360 millions de m3), Subinja (135 millions de m3), Tanoso (125 millions de m3), Amate (120 millions de m3) et Tono (93 millions de m3). Un nouveau barrage construit à Samandeni (1050 millions de m3 et 16 GWh) sur la Volta noire au Burkina-Faso et principalement destiné à la production d’électricité a été inauguré en 2019. L’ensemble des barrages à vocation hydro-agricole mobilise environ 2900 millions de m3 pour irriguer près de 30500 ha. Outre ces importants barrages, il existe également de nombreux petits ouvrages dont la capacité totale de stockage avoisine les 230 millions de m3 (Liebe et al. 2005; De Condappa et al. 2009 ; McCartney et al. 2012).

Les problèmes environnementaux transfrontaliers relevés sur le bassin sont principalement la baisse des écoulements qui se traduit par l’assèchement de plusieurs affluents sur une longue période, l’érosion côtière avec la dégradation des écosystèmes autour de l’embouchure du fleuve, l’envahissement de certains affluents par les plantes aquatiques (jacinthe d’eau, laitue d’eau, mimosa, papyrus, …), la déforestation et la dégradation des sols, la sédimentation dans les cours d’eau, la dégradation de la qualité des eaux dues à l’utilisation intensive des engrais nitratés et phosphatés. 

Dans la perspective d’une gestion concertée et durable des ressources du bassin, les Etats membres ont mis en place en 2007, l’Autorité du Bassin de la Volta (ABV) ayant  entre autres pour mandats, la promotion de la GIRE et des outils de concertation permanente entre les parties prenantes, le développement des infrastructures de valorisation des ressources en eau. L'ABV a son siège à Ouagadougou au Burkina Faso.


Figure11.png

Figure 11. Limites et hydrographie bassin de la Volta

Source de données : FAO-AQUASTAT, 2009

  • Bassin du lac Tchad

Le lac Tchad (Figure 12), située dans la partie nord de l'Afrique centrale, est constitué d’une vaste cuvette d’eau douce peu profonde et fermée (bassin endoréique, sans exutoire vers la mer). La superficie de son bassin topographique fait environ 2 400 000 km² et s’étend principalement sur l’Algérie, le Cameroun, la République Centrafricaine (RCA), la Libye, le Niger, le Nigeria, le Soudan et le Tchad. Mais presque tout le bassin topographique situé dans la zone saharienne au nord, n’apporte pas d’eaux de surface au lac. La partie hydrologiquement active du bassin est désignée sous le terme « Bassin conventionnel » ou « Bassin actif » et s'étend sur cinq (05) pays à savoir le Cameroun, la Centrafrique, le Niger, le Nigéria et le Tchad avec une superficie d'environ 967000 km². La surface du plan d’eau du lac qui atteignait les 25000 km² avant 1973, a considérablement diminué dans le temps et s’établit actuellement à environ 2000 km² (soit une réduction de plus de 90%). Il est principalement alimenté (pour près de 95% des apports) par le Chari (ayant sa source dans les zones montagneuses en Centrafrique) et la Logone (affluent du Chari ayant sa source au Tchad) et les 5% restants par la Komadougou-Yobé (source au Nigéria), l'El Beïd et divers petits cours d'eau issus du Nigeria et du Cameroun ainsi que la pluie directe. Le bassin versant du complexe Chari-Logone fait environ 600000 km² et celui de la Komadougou-Yobe s'étend sur 148000 km² (Olivry et al 1996 ; Lemoalle, 2014).

Le Lac Tchad et ses écosystèmes sont d’un intérêt stratégique et immense pour la région. Ils procurent en effet de l’eau et autres moyens de subsistance à plus de 30 millions de personnes, dont la majorité vit de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche.

Les principaux problèmes transfrontaliers du bassin sont: (i) la très grande variabilité du régime hydrologique et hydrogéologique ayant pour conséquence la réduction drastique de la superficie du lac, (ii) la dégradation de la biodiversité, (iii) la sédimentation et (iv) les effets du changement climatique (problème transversal). La situation sécuritaire dans le bassin du fait de la présence des groupes armés (notamment Boko Haram) est considérée comme un problème transfrontalier supplémentaire et "multiplicateur de menaces" contribuant à intensifier les autres problèmes transfrontaliers. 

La Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) a été créée en1964 par les pays riverains du bassin actif du lac Tchad pour promouvoir la coopération régionale et une gestion équitable et durable des ressources du bassin, la préservation et la protection de ses écosystèmes ainsi que la promotion de la paix et de la sécurité dans la région. Le siège de la CBLT est basé à N'Djamena au Tchad. 


Figure12.png

Figure 12. Limites et hydrographie bassin du Lac Tchad

Source de données : FAO-AQUASTAT, 2009

Signaler.png


Eaux souterraines partagées

Vue globale et données de base sur les principaux aquifères partagés de la zone d'action de l'OSS

Dans le monde, environ 608 aquifères transfrontaliers (partagés par deux ou plusieurs pays) ont été identifiés dont 83 en Afrique (IGRAC and others, 2015). Dans la zone d’action de l’OSS, près d’une quarantaine d’aquifères transfrontaliers ont été identifiés lors d’un récent inventaire (Projet TWAP 2015, GEF/UNESCO avec la contribution de l’OSS) (tableau 2). Parmi eux, seulement une dizaine est documenté (Figures 13 et 14). Il s’agit des Systèmes aquifères suivants:

Grès de Nubie (Libye, Egypte, Soudan, Tchad) ; Iullemeden-Taoudéni/Tanezrouft (Algérie, Bénin, Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria) ; Lac Tchad (Cameroun, RCA, Libye, Niger, Nigeria, Tchad) ; Sahara Septentrional (Algérie, Libye, Tunisie) ; Murzuk (Algérie, Libye, Niger) ; Sénégalo-Mauritanien (Gambie, Guinée-Bissau, Mauritanie, Sénégal) ; Tindouf (Algérie, Maroc, Mauritanie) ; Djeffara (Lybie, Tunisie) ; Ain Beni Mathar (Algérie, Maroc) ; Er Rachidia-Béchar (Algérie, Maroc) ; Tin Séririne (Algérie, Niger) ; Triffa (Algérie, Maroc).

Figure13.png

Figure 13. Principaux Systèmes aquifères de la zone de l’OSS et réserves correspondantes (milliards de m3)

Source: OSS, 2016 ; CGIAR –CSI, 2018 

Figure14.png

Figure 14. Principaux Systèmes aquifères de la zone de l’OSS et recharges correspondantes (milliards de m3)

Source: OSS, 2016 ; CGIAR –CSI, 2018

Tableau 2. Données de base sur les principaux systèmes aquifères transfrontaliers identifiés impliquant les pays membres de l’OSS (Source des données : OSS et IGRAC 2015)
Nom de l'aquifère Pays concernés Superficie [Km2] Réserves [Milliards de m3]
1 Système Aquifère des Grès de Nubie Tchad, Egypte, Lybie et Soudan 2 000 000 500 000
2 Aquifère de Taoudéni/Tanezrouft** Algérie, Burkina-Faso, Mali,

Mauritanie, Niger

2 000 000 10 000
3 Aquifère du bassin du Lac Tchad Tchad, Niger, Nigéria, Cameroun,

Centrafrique, Algérie, Libye

1 900 000 5 800
4 Système Aquifère du Sahara

Septentrional (SASS)

Algérie, Libye, Tunisie 1 000 000 60 000
5 Karoo-Carbonate Centrafrique, Congo, Soudan du Sud 941 100  
6 Aquifère de l'Iullemeden** Algérie, Bénin, Burkina-Faso,

Mali, Niger, Nigéria

500 000 5 000
7 Aquifère du Murzuk Algérie, Libye, Niger 450 000 4 800
8 Système Aquifère du Sénégalo-Mauritanien Gambie, Guinée-Bissau, Mauritanie,

Sénégal

300 000 1 500
9 Système Aquifère de Tindouf Maroc, Mauritanie, Algérie 221 019 800
10 Aquifère de la Vallée de la Bénoué Nigéria, Cameroun 219 001  
11 Baggara Basin RCA, Soudan du Sud, Soudan 213 600  
12 Volta Basin Bénin, Burkina

Faso, Ghana, Niger, Togo

130 000  
13 Afar Rift Valley

/ Afar Triangle Aquifer

Djibouti, Erythrée Ethiopie 51 000  
14 Gedaref Erythrée, Ethiopie, Soudan 51 000  
15 Aquifère du Rift RDC, Soudan du Sud, Ouganda 44 632  
16 Système Aquifère de la Djeffara Libye, Tunisie 43 000 170
17 Aquifère du bassin du Kéta/Dahomey/Côtier Ghana, Togo, Bénin, Nigéria 36 904  
18 Aquifère de Mereb  Erythrée, Ethiopie 34 000  
19 Dawa Ethiopie, Kenya, Somalie 31 000  
20 Ain Beni Mathar Maroc, Algérie 18 315  
21 Système aquifère d'Errachidia Maroc, Algérie 17 000 320
22 Bassin du Tano Ghana, Côte-d'Ivoire 16 063  
23 Aquifère du Kilimanjaro  Kenya, Tanzanie 14 579  
24 Aquifère de Merti Kenya, Somalie 12 000  

Note : **Les deux aquifères sont connectés par le fossé de Gao ou «Détroit de Gao » et forment ainsi un Système unique, le Système Aquifère de l’Iullemeden Taoudéni/Tanezrouft (SAIT)/Iullemeden Taoudeni Tanezrouft Aquifer System (ITTAS)

Caractéristiques des principaux aquifères transfrontaliers de l’espace OSS

Dans cette partie, seront présentés les plus importants aquifères, en termes d’importance de leur réserve.

  • L'aquifère des Grès de Nubie (NSAS)20 : Egypte, Libye – Soudan - Tchad

L’aquifère des grès de Nubie (Figure 15) qui s'étend sur plus de 2 millions de km², est l'un des plus grands systèmes aquifères transfrontaliers et fossiles dans le monde. Il est partagé par l’Egypte (828 000 km²), la Libye (760 000 km²), le Soudan (376 000 km²) et le Tchad (235 000 km²). Le système est constitué de deux niveaux aquifères superposés: l’aquifère des grès de Nubie surmonté dans sa partie avale par l’aquifère post-Nubien.


Figure15.png

Figure 15. Cadre hydrogéologique du système aquifère des Grès Nubiens

Source des données: Rapport UNESCO/IHP-VI 2006. http://eduterre.ens-lyon.fr/ressources/scenario1/planetebleue/Images/gra/carte_aquifere

L'épaisseur de l'aquifère varie de la centaine de mètres (dans sa partie méridionale au Tchad et au Soudan) à près de 5000 m (dans les parties Libyenne et Egyptienne). Le volume d’eau emmagasinée est de l'ordre de 500 000 milliards de m3 (IAEA, GEF, 2013)21. Toute cette réserve est fossile et la recharge est quasiment nulle dans les conditions climatiques actuelles; L'aquifère nubien représente une ressource non renouvelable (Yamada, 2004). Au plan qualitatif, l’eau est de bonne qualité sur la majeure partie de son extension sauf dans une petite partie localisée de l’aquifère post-nubien, dans la partie nord du bassin, proche de la Méditerranée où la salinité est assez élevée (UNESCO et OSS, 2005).

Les ressources de l'aquifère sont actuellement exploitées en majeure partie par la Libye et l'Egypte. Les prélèvements annuels dans l’ensemble du bassin étaient évalués en 2002, à 2286 Millions de m3 (1029 Millions m3 en Egypte, 852 Millions m3 en Libye et 406 Millions m3 au Soudan et négligeable au Tchad) (CEDARE, 2001). En 2012, une nouvelle estimation a montré que les prélèvements annuels dans la partie libyenne ont atteint environ 1500 Millions de m3 dans le cadre du programme « Great Man Made River » pour le transfert d’eau de cet aquifère vers la partie côtière de la Libye en vue d’assurer le développement agricole de ces régions ainsi que la desserte en eau potable. 

Pour mieux organiser la gestion du système aquifère, les quatre pays ont instauré depuis 1991 un arrangement institutionnel pour une gouvernance concertée des ressources. Un organe intergouvernemental conjoint de gestion dénommé "Joint Authority for the Study and Development of the Nubian Sandstone Aquifer System (https://www.nsasja.org/about_en.php)" a été alors mis en place et son siège établi à Tripoli (Libye). Un Plan d'Actions Stratégiques (PAS) a été élaboré pour le système aquifère en 2013 avec un financement du GEF et l'appui technique de l'AIEA et est en cours de mise en œuvre.

  • Le Système Aquifère du Sahara Septentrional (SASS) : Algérie - Libye - Tunisie

Le Système Aquifère du Sahara Septentrional (SASS) qui s’étend sur une superficie d’environ 1 million de km2 est partagé par l'Algérie (700 000 km²), la Lybie (250000 km²) et la Tunisie (80000 km²) (Figure 16a). 

Ce système aquifère comporte deux principales nappes profondes, la formation du Continental Intercalaire (CI) surmontée du Complexe Terminal (CT) et renferme d’importantes réserves en eau, estimées à près de 60000 milliards de m3 mais peu renouvelables. La recharge moyenne de l'aquifère est estimée à 1 milliard de m3/an. 

L’exploitation de ces nappes a considérablement évolué au cours des sept dernières décennies. Les prélèvements annuels estimés à 0,6 milliard de m3 en 1950 ont atteint environ 3 milliards de m3 en 2019 (OSS, 2019). 

Les eaux du SASS sont également confrontées à des risques de salinisation. 


Figure16a.png

Figure 16a. Cadre géographique du Système Aquifère du Sahara Septentrional

Source : OSS, 2012

Conscients des risques de surexploitation et des problèmes des régions sahariennes soumises à des contraintes à caractère économique et environnemental, les responsables des trois pays ont lancé à la fin des années 1990, un grand programme d’études dont l’objectif principal était de permettre une exploitation basée sur la concertation. Ce programme, plus connu sous le nom de « projet SASS », a été conduit par l’Observatoire du Sahel et du Sahara (OSS) de 1999 à 2015. 

La même démarche a conduit en 2008, à la mise en place d’un Mécanisme de Concertation, dont l’unité de coordination technique est basée à l’OSS.

  • Le Système Aquifère de la Djeffara : Libye - Tunisie

Ce Système aquifère (Figure 16b), localisé dans la plaine côtière tuniso-libyenne, s'étend sur une superficie de près de 43.000 km² partagée par la Libye (21 000 km²) et la Tunisie (22 000 km²)22. Il existe un lien hydrogéologique entre l'aquifère de la Djeffara et celui du SASS : Les eaux du Continental Intercalaire du SASS alimentent en partie la Djeffara dans sa partie tunisienne. 

La région de la Djeffara est d’une importance capitale pour la Libye parce qu’elle abrite la moitié de sa population, de même qu’elle abrite dans sa partie tunisienne, près du dixième de la population du pays et des activités économiques névralgiques comme le tourisme, les industries chimiques de Gabès et l’agriculture. Le système aquifère a connu une intense exploitation liée à la croissance démographique et au développement socio-économique de la région.

L’étude hydrogéologique du système aquifère de la Djeffara, menée par l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS), en collaboration étroite avec les deux pays concernés (Libye et Tunisie), a permis d’affiner les connaissances sur le fonctionnement hydrogéologique du système aquifère et de mettre en exergue les risques de surexploitation, de baisse générale du niveau piézométrique, de l'intrusion saline et de détérioration générale de la qualité de l'eau. Les réserves en eau, sont estimées à 170 milliards de m3. En 4 décennies, les prélèvements sont passés de 200 millions de m3 en 1960 à près de 1,4 milliard de m3 en 2003 (avec des rabattements supérieurs à 50 m dans la zone côtière) alors que la recharge est d’environ 600 millions de m3/an (OSS, 2015). 


Figure16b.png

Figure 16b. Cadre géographique du Système aquifère de la Djeffara

Source : OSS, 2012

  • Le Système Aquifère d’Iullemeden- Taoudéni/Tanezrouft

Le Système aquifère d’Iullemeden - Taoudéni/Tanezrouft (SAIT) (Figure 17) couvre une superficie d’environ 2 millions de km² et s’étend sur sept pays : l’Algérie (17%), le Bénin (2%), le Burkina-Faso (5%), le Mali (41%), la Mauritanie (10%), le Niger (20%) et le Nigeria (5%). 

Le SAIT est un Système unique composé du système aquifère de l'Iullemeden (SAI) dans sa partie Est (500 000 km²) et le système aquifère Taoudéni/Tanezrouft dans la partie ouest (1 500 000 km²). Ces deux systèmes sont connectés par un détroit appelé fossé de Gao ou « le Détroit de Gao ». Ils sont caractérisés par deux principales nappes : le Continental intercalaire à la base et le Continental Terminal.

Le fleuve Niger parcourt le SAIT sur près de 2500 km et alimente les aquifères avec plus 1,5 milliard de m3/an dans le bassin de Taoudéni-Tanezrouft tandis qu’il en reçoit environ 3,3 milliards m3/an en aval dans le bassin d’Iullemeden.


Figure17.png

Figure 17. Cadre géographique et géologique du Système Aquifère de l'Iullemeden Taoudéni/Tanezrouft

Source : SIG-Afrique, 2005

Les épaisseurs des aquifères varient entre 50 m et 300 m en moyenne et peuvent atteindre les 2000 m par endroits. Les réserves en eau sont estimées à 15000 milliards de m3 (10000 milliards de m3 pour le SAT et 5000 milliards de m3 pour le SAI). Les potentialités en ressources en eau renouvelables des aquifères sont estimées à 19 milliards de m3/an (11 milliards de m3/an pour le bassin de Taoudéni/Tanezrouft et 8 milliards de m3/an pour l'Iullemeden). Les prélèvements pour les différents usages (principalement eau de boisson, industries, mines et cheptel) sont évalués à environ 350 millions m3/an (65 millions dans Taoudéni/Tanezrouft et 285 millions dans l'Iullemeden), soit seulement 2% des ressources en eau renouvelables. Les activités agricoles sont essentiellement assurées par les eaux de surface. L’agriculture irriguée basée sur les eaux souterraines est de plus en plus pratiquée pour accroître la sécurité alimentaire GICRESAIT23 (OSS, 2017).

Les eaux souterraines sont de bonne qualité. Cependant, dans certaines zones, le SAIT subit une dégradation de qualité due en particulier aux activités hydro-agricoles (utilisation de fortes quantités d'intrants agricoles), industrielles et minières (orpaillage traditionnel), la dégradation des terres et du couvert végétal dans les zones de recharge de l'aquifère limitant l'alimentation en eau de ce dernier.  

  • Système aquifère du bassin du Lac Tchad

Le Système Aquifère du Bassin du Lac Tchad (SABLT) couvre une superficie d’environ 1 900 000 km² et s’étend essentiellement sur le Tchad (53%), le Niger (28%), la Centrafrique (9,2%), le Nigéria (7,5%) et le Cameroun (2,3%) (Figure 18). C’est un aquifère sédimentaire à trois (03) principaux niveaux aquifères connectés avec des profondeurs dépassant parfois les 1000 m. Les épaisseurs des couches aquifères varient entre 300 et 700 m et les niveaux statiques se situent en moyenne entre 30 et 100 m par rapport sol (UNESCO and Others, 2006). Certaines parties (au niveau du Continental Terminal) sont affleurantes et en relation directe avec les eaux superficielles. Les réserves théoriques de l’aquifère sont estimées à 5800 milliards de m3 et la recharge annuelle de l’ordre de 7 milliards de m3 (TWAP, 2016). 

Les valeurs précises des prélèvements sur l’ensemble de l’aquifère ne sont pas connues. En 2010, ces prélèvements étaient évalués à 0,28 milliard de m3 au Tchad et 0,15 milliard de m3 en Centrafrique soit un total 0,43 milliard de m3. En supposant un prélèvement moyen de 50 l/j/hab, les prélèvements actuels sont de l’ordre de 0,73 milliard de m3/an pour les 40 millions de personnes vivant dans le bassin. Ces besoins peuvent être portés à environ 1 milliards de m3/an si on intègre les autres besoins (consommation du bétail, agriculture) et les pertes sur réseaux de distribution. 

Les problèmes actuels concernent surtout la contamination des eaux de l’aquifère. Par exemple, environ 30 % des eaux de l’aquifère dans la région nord du Tchad sont impropres à la consommation humaine en raison des conditions naturelles et de la pollution. On note également un déficit de recharge de la nappe se traduisant par des baisses sensibles de la piézométrie à certains endroits (jusqu’à 3 m en 30 ans).


Figure18.png

Figure 18. Cadre géographique et géologique du Système Aquifère du bassin du Lac Tchad

Source : SIG-Afrique, 2005

  • Le Système Aquifère de MURZUK (Algérie, Libye, Niger, Tchad)

Avec une superficie de près de 450 000 km², le bassin de Murzuk (Figure 19) est parmi les plus grands bassins sédimentaires endoréiques de l’Afrique du Nord. La majeure partie de sa superficie se situe en Libye (435 000 km²) avec des extensions de faibles étendues en Algérie, au Niger et au Tchad.

Le système aquifère est bicouche, essentiellement gréseux et ses épaisseurs peuvent atteindre les 2500 m par endroits. Le volume total des réserves théorique est de 4800 milliards de m3. Le renouvellement de la nappe est très faible au regard du contexte climatique de la région, les hauteurs de pluies annuelles ne dépassant pas les 50 mm.

Les prélèvements, essentiellement effectués en Libye, étaient estimés à 2 milliards de m3/an en 2002 (UNESCO and others, 2005; UNESCO-TWAP, 2016). Les informations actualisées sur les prélèvements ne sont pas disponibles. 

Le principal problème signalé sur cet aquifère est la baisse continue des niveaux piézométriques. Cela traduit une situation d'exploitation en régime de vidange des aquifères et qui pourrait à terme engendrer le l'épuisement total de celui-ci.


Figure19.png

Figure 19. Cadre géographique et géologique du Système Aquifère du Murkuk

Source : SIG-Afrique, 2005

  • L'aquifère du Sénégalo-Mauritanien : Gambie, Guinée Bissau, Mauritanie, Sénégal

Le Système Aquifère du Sénégalo-Mauritanien (SASM), d'une superficie d'environ 300000 km2, est partagé entre le Sénégal (159000 km²), la Mauritanie (111000 km²), la Gambie (9900 km²) et la Guinée Bissau (2100 km²) (Figure 20). Sa façade maritime est longue de 1400 km du nord au sud et se présente sous forme d'une plaine côtière. Ce bassin aquifère sédimentaire côtier est situé entre les formations cristallines des Mauritanides (qui le séparent du bassin de Taoudéni) à l’Est et l’Océan Atlantique à l’ouest. 

Le système aquifère est composé de trois nappes superposées: i) le système aquifère superficiel (quaternaire) qui couvre de manière souvent discontinue la totalité du bassin, ii) le système aquifère intermédiaire, qui comprend des formations carbonatées éocènes et paléocènes et iii) le système aquifère profond (Maestrichtien) qui couvre la totalité de l'aquifère et entièrement partagé par les 4 pays. Des liaisons hydrauliques verticales et horizontales existeraient entre les différentes couches, rendant difficile l'individualisation des principales masses aquifères (UNESCO et OSS, 2005). La puissance de l'aquifère peut atteindre les 500 mètres au niveau de certaines couches. La réserve théorique est d'environ 1500 milliards de m3 et la recharge annuelle est estimée à 0,130 milliards de m3 (Margat, J. et Van der Gun, J.; 2013).

L’exploitation de la ressource souterraine, en dehors des zones d’influence des cours d’eau, a commencé dans les années 60-70. Utilisée essentiellement pour l'approvisionnement en eau des populations et du bétail, cette eau est de plus en plus destinée à l'irrigation dans le cadre de la valorisation économique des points d’eau. Compte tenu de la qualité exceptionnellement bonne de certaines eaux, une industrie d'eau minérale est en plein essor dans l'ensemble des pays concernés. L'exploitation reste peu contrôlée et les prélèvements engendrés sont de plus en plus importants du fait de l'évolution démographique et du développement des secteurs agropastoraux et industriels. Au total, et en 2002, le débit exploité était estimé à 200 millions de m3/an dont 30 millions de m3/an en Mauritanie, 115 millions au Sénégal et 55 millions en Gambie et en Guinée Bissau (UNESCO and others, 2005). Le volume des prélèvements actuels concernant l'ensemble de l'aquifère n'est pas précisément établi.

En Mauritanie, l'approvisionnement en eau potable de 50% de la population reste tributaire de l'exploitation des nappes du SASM. Les principales villes du pays comme la capitale Nouakchott, Nouadhibou, ville portuaire ainsi que deux autres grandes villes, Rosso et Aleg sont alimentées à partir des eaux de cet aquifère (UNESCO and others, 2005). 

Le Système aquifère du Sénégalo-Mauritanien n’a pas bénéficié d’une étude hydrogéologique globale dans ses limites naturelles. Il existe alors un important défi lié à l'amélioration de la connaissance du système aquifère dans sa globalité et de façon concertée. Des études éparses ont été conduites sur les portions nationales de chacun des pays membres, indépendamment de toute approche globale. A cet effet, l'OSS a entrepris et formulé en vain, plusieurs propositions de projets d'études impliquant les quatre pays et les deux organismes de bassin (OMVS et OMVG) ; ces propositions n'ont toujours pas reçu de financement.

Les autres problèmes sont les prélèvements excessifs, engendrant de forts rabattements de la nappe localement et des risques de fortes intrusions marines en zones côtières, la pollution agricole et industrielle. La nécessité d'engager des actions pour une gouvernance concertée de l'aquifère, impliquant les 4 pays devient alors un impératif.


Figure20.png

Figure 20. Cadre géographique et géologique du Système Aquifère du Sénégalo-Mauritanien

Source: SIG-Afrique, 2005

Mobilisation et utilisation des ressources en eau dans l’espace OSS

Capacités des barrages dans la zone d’action de l’OSS

La capacité totale des barrages dans la zone d’action de l’OSS selon les chiffres disponibles24 est estimée à 479 milliards de m3 (Aquastat_FAO, 2017). En termes de nombre d’ouvrages et de capacités/volumes mobilisés, il existe une grande disparité entre les régions (Figure 21). On dénombre en Afrique du Nord, environ 315 barrages pour une capacité totale de 198 milliards de m3 (soit environ 41% de la capacité totale dans la zone OSS). On en dénombre 189 en Afrique de l'Ouest et du Centre pour une capacité moyenne de 123 milliards de m3 (soit 26% des capacités) et 37 dans la zone IGAD pour une capacité de l’ordre de 158 milliards de m3 (environ 33% des capacités).

En gros, moins de la moitié des ressources en eaux superficielles renouvelables disponibles dans la zone sont actuellement mobilisées indiquant qu'il existe encore d'énormes possibilités à explorer. Toutefois, d’importants efforts sont faits dans les pays de l’Afrique du Nord qui ont mis en place une politique efficace de maîtrise totale des eaux de surface.

Figure21.png

Figure 21. Capacité des barrages dans la zone d’action de l’OSS

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT

En Afrique du Nord, la capacité de stockage des eaux de surface estimée à 198 milliards de m3 (28 milliards de m3 hors Egypte) alors que les ressources en eau superficielles renouvelables disponibles sont estimées à 91 milliards de m3/an (Figure 22). L’Egypte dépasse ainsi de loin les autres pays avec une capacité de stockage d’environ 170 milliards de m3 pour les 60 milliards de m3 d’eau superficielles qui traversent le pays annuellement (dont seulement 0,5 milliards de m3 d’origine interne). L’Egypte mobilise alors plus de trois fois le potentiel en eau superficielle transitant sur son territoire à travers une vingtaine de grands barrages érigés essentiellement sur le Nil.

Les pays de l’Afrique de l’Ouest (y compris le Cameroun et le Tchad) et de l’Est quant à eux disposent énormément de ressources en eau superficielles mais avec une très faible capacité de stockage. Les capacités des retenues représentent respectivement 13% et 59% de leurs volumes  en eau de surface. Ces pays doivent être encouragés à développer des politiques plus efficaces en matière de construction des grands barrages pour la maîtrise de leurs ressources en eau superficielles. Bien évidemment, les contraintes climatiques de la région doivent être prises en compte dans le choix des sites d’implantation des ouvrages afin de minimiser les pertes par évapo-transpiration sur les stocks d’eau. 

Le barrage de la Renaissance en Éthiopie (Grand Ethiopian Renaissance Dam - GERD) en construction sur le Nil bleu dans la région de Benishangul-Gumuz, devrait être le plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique (près de trois fois la puissance du haut barrage d'Assouan) et contribuera à accroître de façon substantielle la capacité de mobilisation de la région de l'Afrique de l'Est. L'ouvrage, de 1780 m de long et 175 m de hauteur, aura une capacité de stockage de 74 milliards de m3 (dont 14,8 milliards de m3 de stockage permanent) pour une surface d'eau de 1874 km2 à une altitude normale de 640 m. La capacité de production électrique est estimée à environ 6450 MW. 

Figure22.png

Figure 22. Niveau de mobilisation des eaux superficielles et comparaison entre régions de l’OSS

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT

Usages des ressources en eau selon leur type

Eaux de surface

Dans la zone d’action de l’OSS, de nombreux barrages construits servent à divers usages dont principalement l’irrigation (60%), l’approvisionnement en eau potable (20%) et les autres usages (20%) telles que la production de l’énergie, le tourisme, la pêche, la maîtrise des crues et le contrôle des inondations, […]. La production de l’énergie (hydroélectricité) prend uniquement 6% et le contrôle des crues 1% (WCD, 2000).

La situation de l’irrigation sera particulièrement décrite ici au regard de l’importance des prélèvements d’eau par ce secteur. On présentera alors un aperçu sur les potentiels d’irrigation (disponibles et exploités) ainsi que les prélèvements en eau superficielle correspondants.

a. Le potentiel d’irrigation dans la zone OSS

Selon la FAO, le potentiel d’irrigation correspond aux superficies physiques potentiellement irrigables. Différentes méthodes sont utilisées au niveau des Etats et régions pour estimer cette valeur. 

Actuellement, ce potentiel est estimé à 20 millions d’hectares pour l’espace OSS dont 8 millions d’hectares en Afrique du Nord, 6 millions d’hectares en Afrique de l’Ouest et du Centre et 6 millions d’hectares en Afrique de l’Est (Aquastat, 2019).

La moyenne de la part exploitée du potentiel d’irrigation dans la zone d’action de l’OSS est passée de 35% en 1990 à 47% en 2017, soit une hausse de 12% (Figure 23).

Sur le plan sous régional, le potentiel d’irrigation exploité, à l’exception de l’Afrique du Nord qui a atteint 91% (hors Libye)25, les deux autres sous-régions n’ont accédé qu’à 42% (en Afrique de l’Est) et 29% (en Afrique de l’Ouest et du Centre). 

L’Afrique de l’Ouest et du Centre continue de pratiquer une agriculture pluviale et fortement exposée aux aléas climatiques. Les quelques milliers de périmètres aménagés sont irrigués essentiellement à partir des eaux superficielles contrairement à l'Afrique du Nord où les eaux souterraines sont les plus exploitées dans ce domaine.

En considérant la part exploitée du potentiel d’irrigation, les pays de la zone d’action de l’OSS peuvent être classés en 3 catégories :

  • Pays à potentiel sous-exploité (< 50%) ; 
  • Pays à potentiel moyennement exploité (Entre 50% et 70%) ;
  • Pays à potentiel fortement exploité (> 70%).

Figure23.png

Figure 23. Parts exploitées du potentiel d'irrigation dans la zone d’action de l’OSS

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT

b. Les superficies irriguées dans la zone OSS et prélèvements d’eau correspondants

 Environ 11,5 millions d’hectares de terres sont actuellement irrigués dans la zone d’action de l’OSS et répartis comme suit : 7,5 millions d’hectares (65%) en Afrique du Nord, 3 millions d’hectares (27%) en Afrique de l’Est et 1 million d’hectares soit environ 8% en Afrique de l’Ouest et du Centre. Comme l’indique la carte (Figure 24), les plus grandes superficies aménagées se trouvent en Afrique du Nord. 


Figure24.png

Figure 24. Superficies équipées pour l’irrigation dans la zone d’action de l’OSS

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT

Chaque année, environ 142 milliards de m3 d’eau sont prélevés pour irriguer les 11,5 millions ha soit  environ 12 000 m3/ha. Cette valeur dépasse la moyenne enregistrée au niveau mondiale (environ 8 800 m3/ha), indiquant ainsi une certaine faiblesse de l’efficience de l’irrigation dans l’espace OSS. L’irrigation de type gravitaire domine actuellement dans les pays de l’OSS et pourrait justifier ces valeurs élevées de consommation d’eau par hectare.

Eaux souterraines

Dans la zone d’action de l’OSS,

a) En Afrique du Nord, les eaux souterraines sont fortement exploitées, voire surexploitées dans certains pays (Tableau 3). Le taux d’exploitation des eaux souterraines renouvelables est de l'ordre de 80% en moyenne (hors Libye où ce taux est de l’ordre 200%) ; Le Maroc a le taux d’exploitation le plus bas (près de 58%). 

b) en Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est, les prélèvements sont encore faibles (moins de 10%) malgré le potentiel en eau renouvelable considérable.

Les données détaillées sur l’exploitation des eaux souterraines dans chacun des pays membres de l’OSS figurent à l'annexe 1

Dans la plupart des pays de l’Afrique du Nord, les prélèvements en eau souterraine dépassent les eaux souterraines renouvelables disponibles. De fait, le recours à d’autres types de ressources, notamment  les ressources en eau fossiles et les eaux non conventionnelles devient inévitable au regard de la faiblesse des ressources en eaux renouvelables (souterraines et superficielles) dans ces pays. 

L’affectation des eaux souterraines prélevées aux différents secteurs (alimentation en eau potable, agriculture irriguée et élevage puis industrie minière et énergie) dans les différentes régions de la zone d’action de l’OSS se présentent comme suit : 

* Dans les pays de l’Afrique du Nord, près de 70% des prélèvements en eaux souterraines vont à l’agriculture, 20 % à l’alimentation en eau potable et 10% pour les autres secteurs (l’industrie, tourismes, etc.). 

* Dans les autres régions (Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est), c’est le secteur de l’alimentation en eau potable des collectivités urbaines et rurales qui consomme la plus grosse part, pour près de 90 % des prélèvements. 

Cependant, les impacts récurrents des extrêmes climatiques conjugués à la demande croissante en eau (démographie, développement socio-économique), ont amené les pays d’Afrique de l’Ouest à développer progressivement l’agriculture irriguée en toute saison à l’aide des techniques modernes économes d’eau (goutte-à-goutte, système californien, …). Les ressources en eau souterraines font actuellement l’objet d'un programme ambitieux de valorisation des terres et des eaux26 pour améliorer significativement la sécurité alimentaire, en particulier en Afrique de l’Ouest.

Tableau 3. Ressources en eau souterraine et leur exploitation dans les différentes régions de la zone OSS
Régions/Pays Ressources en eaux souterraines renouvelables disponibles (109 m3/an) Prélèvements Totaux en eaux souterraines renouvelables (109 m3/an) Prélèvements Totaux en eaux souterraines fossiles (109 m3/an) Prélèvements Totaux en eaux souterraines (109 m3/an) Taux d'exploitation des Ressources en eaux souterraines renouvelables (%)
(A) (B) (C) (B+C) (B/A)
Afrique du Nord 16,8 13,86 9,5 23,36 82,5
Afrique de l'Ouest + Tchad et Cameroun 288,56 6,92a - 6,92 2,4
Afrique de l'Est 59,32 5,09a - 5,09 8,58
Afrique de l'Est 59,32 5,09a - 5,09 8,58

Source des données : Aquastat, FAO 2017, Rapports nationaux sur l'état du secteur de l'eau, Rapport de l'étude MEWINA27

Mobilisation et utilisation des ressources en eaux non conventionnelles

Les eaux non conventionnelles sont constituées des eaux de mer dessalées, et des eaux usées traitées. L’usage des eaux non conventionnelles constitue une excellente pratique contribuant à une gestion efficace de la demande en eau des pays afin de réduire la pression imposée continuellement sur les ressources en eau douce.

Cette pratique a pour avantage d'économiser les eaux conventionnelles (surtout non renouvelables) et est considérée comme une stratégie viable en matière de gestion durable des eaux, du fait qu'elle promeut la réutilisation des eaux à des fins spécifiques. Les pays de l’Afrique du Nord où les eaux conventionnelles sont peu fournies ont recours depuis plusieurs décennies aux eaux non conventionnelles. D’importants efforts sont ainsi consentis à la construction de stations de dessalement d’eau de mer et d’épuration des eaux usées pour renforcer la disponibilité en eau et réduire le déficit. L’épuration des eaux usées et le dessalement de l’eau de mer ont désormais une place de choix dans les politiques et stratégies nationales maghrébines de développement de la résilience et d’adaptation au changement climatique.

Etat du dessalement des eaux de mer dans la région de l’Afrique du Nord

Le dessalement de l’eau de mer a pris de l’extension en Afrique du Nord à partir des années 80, dans le but d’améliorer les services de fourniture d’eau potable destinée à certaines agglomérations urbaines.

L’Algérie a commencé sa première expérience de dessalement d’eau de mer après son indépendance en 1962 pour alimenter en eau potable des villes et localités du littoral jusqu’à 60 km à l’intérieur. Le littoral de l'Algérie compte une vingtaine de stations de dessalement d'eau de mer réparties sur 14 villes côtières. Elle avait projeté d'en construire une quarantaine pour 2019. La capacité actuelle du pays est de 511 millions de m3/an (environ 1,4 millions m3/j) et il est envisagé d’atteindre les 950 millions de m3/an (environ 2,6 millions m3/j) à l’horizon 2030.

En Egypte, le Gouvernement s’est fixé pour objectif, d’atteindre 1 million de m³/j à l’horizon 2037 pour la production d’eau potable par dessalement ; Ceci représenterait 0,5 % de la consommation d’eau potable à cet horizon. En 2018, les capacités de dessalement du pays sont de 235 600 m³/j, soit moins de 0,1% de la consommation quotidienne d’eau estimée à environ 250 millions de m³/j.

La Libye avait prévu dans son plan stratégique 2007-2010 de promotion des ressources hydrauliques, de privilégier fortement le dessalement de l'eau de mer. Une première phase prévoit l'installation de stations d'une capacité de production totale de 200 000 m3/j. La réalisation de cette ambition a connu un grand ralentissement à cause de son principal concurrent qui est le projet de rivière artificielle, « the Great Man-Made River (GMMR) », considéré comme le plus grand projet de transfert d’eau dans le monde, sur une distance de 1600 km, en 3 phases, pour un débit de plus de 5 millions de m³/j.

Au Maroc, les investissements publics dans le dessalement ont été initiés depuis 1976. Plusieurs usines de dessalement ont été alors installées et leur capacité actuelle est d’environ 22 000 m3/j avec une ambition d’environ 400 millions de m3/an (environ 1,1 millions m3/j) à l’horizon 2030. Aujourd’hui, la plus grande usine de dessalement au monde est en cours d’installation au Maroc, dans la ville côtière d'Agadir. Elle devrait initialement produire 275 000 m3/j avant d'atteindre sa capacité quotidienne maximale de 450 000 m3/j après sa transformation. L’eau produite sera utilisée pour les usages domestiques et l’irrigation des cultures (environ 15 000 ha). 

En Tunisie, la première station de dessalement date de 1983 et installée à Kerkennah. Actuellement, seize usines de dessalement sont installées pour une capacité de production d’eau potable de près de 161 000 m3/j. Il est prévu d’atteindre 25 stations d’ici à l’horizon 2023 avec au total une capacité de production de 440 000 m3/j. 

La réussite de ces ambitieuses politiques des Etats en matière de dessalement et d'utilisation d'eau de mer reste cependant tributaire du coût de l’énergie. La filière demeure assez consommatrice en énergie et coûteuse. Le grand potentiel des pays d'Afrique du Nord en énergie renouvelable, notamment l’énergie solaire, pourrait être mobilisé à cet effet et booster la réussite de cette politique (HCP, 2008; Ghilès, 2008).

Au plan environnemental, les défenseurs du droit de l’environnement estiment que les rejets de saumures et de produits chimiques engendrés par la filière de dessalement ont des effets nocifs sur les écosystèmes terrestres et aquatiques. Les politiques et stratégies en la matière doivent à cet effet rigoureusement prendre en compte les aspects écologiques afin de minimiser les impacts négatifs plausibles. 

Eaux usées traitées et leur valorisation

Dans les différents pays d'Afrique du Nord, d’importants investissements ont été consentis, aussi bien dans la réhabilitation d’anciennes stations que dans la construction de nouvelles. La Tunisie se classe en tête, en termes d'expérience dans le domaine de la réutilisation des eaux usées. D'après les données nationales sur l'état de l'assainissement dans les différents pays et présentées dans le tableau 4 et la figure 25, le taux d’épuration des eaux usées est de l’ordre de 95% en Tunisie alors qu’il n’est que de 11% au Maroc et de 25% en Algérie.

Une faible part des eaux usées traitées, en moyenne 12% est réutilisée pour divers usages dont principalement l’irrigation de cultures, la satisfaction de certains besoins des municipalités (arrosage d’espaces verts et de terrains de golf, lavage des rues, lutte contre les incendies, etc.), le refroidissement dans les industries, et le renouvellement des nappes à travers la recharge artificielle. Cette dernière approche est parfois utilisée pour favoriser la protection des aquifères côtiers contre l’intrusion des biseaux salés et la lutte contre la pollution des ressources en eau (oueds, barrages, nappes phréatiques, etc…).  

Tableau 4. Situation de la collecte et de l'épuration des eaux usées en Afrique du Nord
  Quantité

d’eau usée produite (x 106 m3/an)

Quantité

d’eau usée collectée (x 106 m3/an)

Quantité

d’eau usée traitée (x 106 m3/an)

Nombre

de stations d’épuration

Part

utilisée de l’eau traitée (%) b

Année

de référence

Observations
Algérie 1300 1062 325 171 - 2020  
Egypte 7078 6494 4282 384 12 2017  
Libye 504 167 40 79 13 2012 Données

actualisées non disponibles

Maroc 700 301 77 113 12 2018 Prévision d’atteindre 160 stations

en 2023

Tunisie 287 277,2 274 122 14 2018  

Sources des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT ; ONAS, Tunisie  ; ONEE, Maroc , ONA, Algérie  ; b. Données datant de 2014 (Jeuland, Marc 2014)

Figure25.png

Figure 25. Situation de la collecte et de l'épuration des eaux usées en Afrique du Nord

Sources des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT ; ONAS, Tunisie; ONEE, Maroc, ONA, Algérie

Volumes des prélèvements totaux et leur répartition par secteurs d’usage et par habitant

Prélèvements totaux

Entre 1990 et 2015, les prélèvements totaux (tous secteurs confondus) sont passés de 130 milliards de m3 à 172 milliards de m3, dans l’espace OSS soit une augmentation de 42 milliards de m3 (environ 25% d'augmentation). L’Egypte bat le record actuel des prélèvements dans l’espace OSS avec des prélèvements annuels d’environ 80 milliards de m3 (Figure 26). Dans chacun des autres pays de la zone, les prélèvements annuels ne dépassent guère les 10 milliards de m3 à l’exception de quelques pays comme le Soudan (26,93 milliards m3), le Nigeria (12,47 milliards m3), l’Ethiopie (10,55 milliards m3) et le Maroc (10,43 milliards m3). L'annexe 2 présente les chiffres détaillés sur les prélèvements dans chacun des pays membres de l'OSS. 

Figure26.png

Figure 26. Prélèvements totaux dans la zone d’action de l’OSS

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT

Prélèvements à l’habitant

Les prélèvements répartis sur la population de la zone d’action de l’OSS sont en moyenne de 230 m3/hab/an mais très variables selon les différentes régions et selon les pays (Figure 27): 

  • 542 m3/hab/an pour l’Afrique du Nord, (326 m3/hab/an hors Libye  et Egypte ; ces deux pays prélèvent respectivement 940 m3/hab/an et 795 m3/hab/an). 
  • 163 m3/hab/an pour les pays de l’IGAD et 
  • 87 m3/hab/an pour l’Afrique de l’Ouest 

A titre de comparaison, la moyenne mondiale des prélèvements par habitant est de l’ordre de 555 m3/hab/an (FAO, 2017). En dehors de la Libye et de l’Egypte dont les prélèvements annuels sont au-delà de la moyenne mondiale, tous les autres pays de la zone ont des prélèvements à l'habitant largement en dessous de cette valeur moyenne. 


Figure27.png

Figure 27. Prélèvements en eau par habitant dans la zone d’action de l’OSS

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT

Prélèvements selon les secteurs d’usage

Au niveau mondial, l’agriculture  consomme en moyenne plus de 70% de l’eau prélevée contre 20% pour les usages industriels et 10% pour les usages domestiques. Dans la zone d’action de l’OSS le secteur agricole reste toujours le plus gros consommateur d’eau avec en moyenne, environ 74% du total des prélèvements (Figure 28). Les usages domestiques prennent les 20% et l’industrie consomme environ 7% des prélèvements. 

Les proportions des prélèvements domestiques sont en pleine augmentation avec le temps, passant de 7% à 20% des prélèvements totaux entre 1990 et 2019. La dotation en eau potable est ainsi passée de 79 l/hab/j en 1990 à 97 l/hab/j (en moyenne) en 2015. Les pays de l’Afrique du Nord (Algérie, Egypte, Libye, Maroc et Tunisie) sont les pays où la dotation en eau potable reste la plus élevée dans l’espace OSS (en 2019, les dotations en eau potable sont environ 120 l/hab/j pour l'Algérie et 122 l/hab/j pour la Tunisie).


Figure28.png

Figure 28. Proportion des Prélèvements annuels en eau par secteur dans la zone d’action de l’OSS

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT

Efficience et efficacité de l’utilisation des ressources en eau dans l’espace OSS

Efficience de l’utilisation des ressources en eau

La perception du sens du terme « efficience » est diversifiée et varie selon les secteurs et domaines d’usage de l’eau. Dans le domaine de la gestion des ressources en eau, ce terme est généralement utilisé pour rendre compte (i) des pertes en eau qui surviennent au cours des usages ou (ii) des produits générés par unité d’eau consommée. Les fortes valeurs de l’efficience indiquent une meilleure performance du système d’exploitation en place. La situation globale de l’efficience se présence comme suit : 

  • Dans le domaine de l’agriculture irriguée et surtout en irrigation gravitaire, on enregistre les plus faibles valeurs de l’efficience (de l’ordre de 40 à 50% fréquemment). L’agriculture irriguée donne encore lieu à d’importantes pertes d’eau nécessitant la modernisation des infrastructures d’irrigation afin de maximiser les économies d’eau. 
  • Pour le secteur de distribution d’eau potable, l’efficience des réseaux est rarement supérieure à 70% et peut baisser jusqu’à 50% dans certains pays. Ces chiffres mettent en exergue les pertes et gaspillages importants enregistrés et leurs impacts sur les prélèvements et la préservation des réserves en eau. 

Efficacité de l’utilisation des ressources en eau

Outre l’efficience qui se limite à l’appréciation de la performance des systèmes et les pertes « physiques » en eau, l’efficacité (Water Use Efficiency) quant à elle s’intéresse à la valeur ajoutée et les incidences économiques de l’utilisation de l’eau. Il s’agit d’un nouvel indicateur proposé dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD – 6.4.1)31 défini comme la « valeur ajoutée par volume d’eau prélevé dans le temps pour une activité économique donnée (agriculture, industrie et services), exprimée en dollars US par mètre cube, afin d’évaluer l’efficacité de l’utilisation des ressources en eau »32. Pour un pays, l’efficacité d’utilisation de l’eau au niveau national correspond à l’efficacité totale des principaux secteurs économiques (agriculture, industrie et services) pondérée par la part de chaque secteur dans le total des prélèvements d’eau. Ainsi défini, la performance de cet indicateur dépend intimement de celle de l’efficience. L’objet de cet indicateur est surtout de mettre en exergue la relation de dépendance de la croissance économique d’un pays vis-à-vis de l’utilisation des ressources en eau. Il permet aux responsables politiques et aux décideurs d’axer leurs interventions sur les secteurs qui utilisent des volumes d’eau importants, mais enregistrent de faibles taux d’amélioration en matière d’efficacité dans le temps. 

Dans la majorité des cas, les valeurs fluctuent entre à peine 2 dollars US/m3 (dans les pays dont les économies sont tributaires de l’agriculture), à 1000 dollars US/m3 (dans les économies fortement industrialisées, fondées sur les services ou tributaires des ressources naturelles). Dans l’espace OSS, l’efficacité d'utilisation de l'eau est en moyenne de 6,5 dollars US/m3  alors que la valeur moyenne mondiale s’établit autour de 15,2 dollars US/m3. (FAO, 2018). 

Pressions quantitative et qualitative exercées sur les ressources en eau

Pression quantitative: Situation de l’exploitation par pays

a. Situation par rapport aux ressources en eau renouvelables disponibles

La pression quantitative sur les ressources en eau dans chaque pays sera appréciée ici à travers deux paramètres : d’une part, la disponibilité en eau par habitant et par an qui traduit la pression des demandes sur les ressources en eau renouvelables et, d’autre part, à travers le niveau des prélèvements au moyen de l’Indice d’exploitation33 des ressources en eau renouvelables. 

Les ressources en eau rapportées aux populations constituent un indicateur de base utilisé pour apprécier l’abondance ou la rareté de l’eau dans un pays donné. Différentes classes sont définies en fonction des valeurs de l’indicateur à savoir la pénurie d’eau, le stress hydrique, la vulnérabilité, la sécurité ou le confort hydrique.

Comme le montre la carte de la figure 29, la situation de la disponibilité en eau par habitant et par an dans les pays de l’OSS peut être résumée comme suit : 

  • Un premier groupe de pays sont en situation pénurie d’eau avec une disponibilité en eau inférieure à 500 m3/hab./an. Dans ce groupe, figurent quatre pays : Algérie, Djibouti, Libye et Tunisie;
  • Un deuxième groupe dans une situation de stress hydrique avec une disponibilité en eau interne variant entre 500 et 1000 m3/hab./an. Ce groupe comprend le Burkina Faso, le Cap-Vert, l’Egypte, le Kenya, le Maroc, la Somalie et le Soudan ; 
  • Un troisième groupe avec une disponibilité en eau se situant entre 1000 et 1700 m3/hab./an indiquant une situation de vulnérabilité hydrique. Il s’agit de l’Erythrée, de l’Ethiopie, du Niger, du Nigeria et de l’Ouganda. 
  • Un quatrième groupe avec une disponibilité en eau dépassant les 1700 m3/hab./an indiquant une situation de Sécurité hydrique, voire de confort hydrique ; dans lequel on dénombre le Bénin, le Cameroun, la Côte-d’Ivoire, la Gambie, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Sénégal et le Tchad. 

L’Indice d’exploitation représente le ratio entre le volume global des prélèvements au volume global des ressources en eau renouvelables dans un pays. Selon la FAO (2002) et De Marsily, G. (2006), le niveau de stress hydrique est atteint pour un pays lorsque l’Indice d’exploitation est de 20% et une situation de pénurie d’eau s’installe lorsque l’indice d’exploitation dépasse 40%. Suivant cet indicateur, cinq (05) pays (Algérie, Egypte, Libye, Soudan et Tunisie) sont en situation de pénurie d’eau et deux (02) autres (Maroc et Somalie) connaissent un stress hydrique (Figures 29 et 30). 

L’exploitation couplée de ces deux indicateurs confirment encore une fois l’état alarmant des pays de l’Afrique du Nord qui ont tous largement dépassé le seuil de pénurie avec un indice d’exploitation proche de 100% et au-delà (Figure 30). L’Egypte, la Libye et la Tunisie, ont les situations les plus critiques.

L’analyse globale sur l’étendue de la zone d’action de l’OSS montre que la pression des demandes sur les ressources en eau varie beaucoup suivant les sous-régions et les pays. Comme indiqué supra, elle est bien forte en Afrique du Nord et à contrario faible voire minime dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Est (Tableau 5).

Figure29.png

Figure 29. Indice d’exploitation des ressources en eau et disponibilité en eau de la zone OSS

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT 


Figure30.png

Figure 30. Indice d’exploitation des ressources en eau renouvelables (période 2012- 2013)

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT

Tableau 5. Pressions actuelles sur les ressources en eau renouvelables dans la zone de l’OSS
  Régions de l'OSS
Afrique de l'Ouest et du Centre Afrique de l'Est  Afrique du Nord
Volume des ressources en eau renouvelables internes et externes (en milliards de m3/an) 983 273 103**
Volume des prélèvements (en milliards de m3/an) 28 46 109
Indice d’exploitation moyen (%) 3 17 106

** Egypte : 57,50 milliards de m3 au total dont 1 milliard de m3 interne (le pays reçoit la presque totalité de ses eaux de l’extérieur); Maroc : 29 milliards de m3;  Algérie : 11,67 milliards de m3 ; Lybie : 0,7 milliard de m3 et Tunisie : 4,62 milliards de m3

Source des données : FAO, 2019 - Base de données AQUASTAT

Les projections de la taille de la population dans la zone d’action de l’OSS montrent que sa tendance à la hausse devrait se poursuivre. Cette situation, couplée aux effets des changements climatiques sur l’amenuisement des ressources en eau accentuera d’avantage les pressions quantitatives sur la ressource là où ces pressions existent déjà, principalement en Afrique du Nord. Il y a donc nécessité d'adopter des politiques et stratégies plus adaptées en ce qui concerne les allocations des ressources en eau.

b. Recours aux eaux fossiles pour soutenir le déficit en ressources renouvelables dans les pays en situation de pénurie ou de stress hydrique

Certains pays de la zone d'action de l'OSS, notamment ceux de l'Afrique du Nord sont en situation de pénurie ou de stress hydrique et exploitent déjà la quasi-totalité de leurs ressources en eau renouvelables (§.Figure. 28 et tableau 5 ci-dessus). Ceux-ci doivent alors recourir à d'autres types de ressources, notamment les eaux fossiles pour compenser les demandes en eau de plus en plus croissantes. En effet, comme indiqué plus haut (cf. § 2.3.2), la zone d’action de l’OSS dispose d'importantes réserves fossiles (par exemples Grès de Nubie : 500 000 milliards de m3 ; SASS : 60 000 milliards de m3) qui, exploitées sous certaines mesures/précautions, peuvent durablement soutenir les déficits structurels des pays. 

A titre d'illustration, un prélèvement du 10ème des réserves fossiles du SASS (soit 6000 milliards de m3), partagées par l'Algérie, la Libye et la Tunisie suffirait à: 

  • satisfaire pendant 2000 ans les demandes actuelles (environ 3 milliards de m3/an) et, pendant près de 500 ans celles de l'équivalent de la population des trois pays projetée à l'horizon 2100. 
  • maintenir au-delà du seuil de pénurie d'eau (500 m3/hab/an), la population actuelle des 3 pays pendant près de 400 ans et, pendant environ 100 ans, l'équivalent de la population en 2100. 
  • maintenir au-delà du seuil de stress hydrique (1000 m3/hab/an), pendant environ 130 ans la population actuelle et, pendant 30 ans si l'on considère la population de l'horizon 2100. 

Les scénarios considèrent, notamment pour ce qui concerne les seuils de « pénurie » et de « stress hydrique », que les eaux fossiles du SASS viendront en complément aux eaux renouvelables (en quantité insuffisante) pour satisfaire ces seuils. En effet, la disponibilité actuelle en eau renouvelable par habitant est de 264 m3/hab/an en moyenne pour les trois pays et il faudra alors en complément (en provenance des eaux fossiles), 236 m3/hab/an pour atteindre le seuil de pénurie et 736 m3/hab/an pour le stress hydrique.

En prélevant 20% des réserves du SASS (soit 12 000 milliards de m3), les durées d'exploitation mentionnées ci-dessus seront doublées. De même, dans les pays où cela est possible, la sollicitation simultanée de plusieurs aquifères fossiles limitera les prélèvements excessifs localisés, allègera les pressions sur les réserves et renforcera davantage leur exploitation durable.

Les notes de calcul détaillées sur ces différents scénarios d'exploitation figurent en Annexe 3

Bien évidemment, le renouvellement de ces nappes est très faible, voire nul (1 milliard de m3 pour le SASS par exemple) comparées aux réserves et sont loin de compenser les volumes prélevés. De ce fait, les schémas d’exploitation de ces réserves doivent prévoir des mesures efficaces de leur utilisation et de leur préservation. Ces mesures concernent entre autres, l’amélioration de l'efficience des réseaux d'exploitation pour limiter les pertes, le recyclage des eaux usées et leur réutilisation.

Pression qualitative sur les ressources en eau : Utilisation abusive et non écologique des intrants agricoles chimiques et leurs impacts sur les ressources en eau

Un autre type de pression sur les ressources en eau dans la zone de l'OSS concerne la dégradation de leur qualité due principalement à l'utilisation irrationnelle des intrants agricoles chimiques (fertilisants et pesticides) qui sont des sources potentielles de pollutions chimiques des eaux.

Les fertilisants agricoles chimiques comprennent les engrais azotés et phosphatés et la potasse. Le potentiel en terres arables de la zone OSS a été estimé à plus de 150 millions d’hectares (AQUASTAT, 2017). A l’échelle de toute la zone OSS, la quantité moyenne d’engrais utilisée a connu une hausse de 27% en passant de 37 kg/ha à 47 kg/ha entre 2000 et 2015. Cette moyenne est sujette à des disparités importantes puisqu’elle varie de 0,6 Kg/ha pour le Niger à 646 kg/ha pour l’Egypte (BM, 2015). 

A titre comparatif entre régions, on note que l’Afrique du Nord utilise à elle seule, en moyenne 157 kg/ha (supérieure à la moyenne mondiale de l’ordre 138 kg/ha). Les quantités d’intrants utilisées sont en moyenne de 13 kg/ha en Afrique de l’Ouest et du Centre et de 11 kg/ha en Afrique de l’Est.

Quant aux pesticides, les quantités exploitées sont en augmentation passant de 18000 tonnes en 1990 à 19000 tonnes en 2015 (6% d'augmentation en 25 ans), soit une consommation moyenne de 110 g/ha avec une importante disparité entre les régions et les pays. L’Afrique du Nord est le plus gros consommateur de pesticides avec 480 g/ha comparativement à l’Afrique de l’Ouest (37 g/ha) et à l’Afrique de l’Est (31 g/ha). Selon la FAO, la quantité de pesticide  utilisée à l'échelle mondiale était de 2,12 kg/ha de terres arables en 2015.

Accès aux services de base : Eau potable, hygiène et assainissement de base

Dans la zone d’action de l’OSS, l’accès à l’eau et à l’assainissement reste un défi majeur pour les années à venir malgré des avancées significatives. Ces progrès doivent être poursuivis car l’enjeu est assez important pour pouvoir atteindre les Objectifs de Développement Durable en matière d'accès à l'eau potable et à l'assainissement (ODD6).

Accès à l’eau améliorée aux niveaux national, urbain et rural

L'accès à l'eau potable est défini par la part de la population qui est desservie ou qui a un accès raisonnable à un volume suffisant d’eau potable.

On entend généralement par « accès raisonnable », un accès à 20 l/j/hab d’eau potable disponible à moins de quinze minutes de marche, soit située à moins de 1000 mètres. Une eau est jugée potable quand elle ne contient ni agents pathogènes ni agents chimiques à des concentrations pouvant nuire à la santé. Les sources d'eau potable peuvent comprendre les forages, les puits, de même que les eaux de surface traitées et non contaminées dont la qualité est régulièrement suivie et jugée acceptable par les structures responsables de la santé publique (OMS, UNICEF, 2019).

Le taux moyen d’accès à l’eau potable en 2017 dans la zone OSS est de l’ordre de 74% (Figure 31). Cependant, il existe une disparité entre les régions et également entre les localités rurales et urbaines. En zones urbaines, les niveaux sont nettement meilleurs par rapport aux milieux ruraux. En 2017, les pays de l’Afrique du Nord et le Cap-Vert (en Afrique de l'Ouest) avaient un niveau  d’accès dépassant les 92% alors que la moyenne mondiale était de l’ordre de 91%. A l’exception de quelques-uns, les pays de la zone d'action de l'OSS avaient en 2017 un score supérieur à 80% en milieu urbain au moment où en milieu rural, certaines localités ne disposaient d'aucun ouvrage de fourniture d'eau potable, notamment dans les pays sub-sahariens. 

Compte tenu de l'accroissement démographique, des mutations économiques et sociales, la demande en eau va inévitablement croître et le risque de manque d'eau ne peut plus être écarté (Plan Bleu, 2008).

Figure31.png

Figure 31. Accès à l’eau potable en 2017 dans la zone d’action de l’OSS

Source des données : WHO, UNICEF (2019). Joint Monitoring Programme for Water Supply, Sanitation and Hygiene

Accès à un assainissement adéquat aux niveaux national, urbain et rural

L’accès à l’assainissement représente la part de la population disposant d’un système d’assainissement de base pour l’évacuation des excréments humains dans l’habitation ou dans le voisinage immédiat (réseau d’assainissement public, fosse septique)34.

En 2017, environ 418 millions d’individus ne disposent pas encore d’un accès durable à un assainissement adéquat, soit 52% de la population totale de la zone d’action de l’OSS dont 70% proviennent des zones rurales (Figure 32).

L’Afrique du Nord et le Cap-Vert ont atteint les meilleurs niveaux  d’accès à l’assainissement avec des taux dépassant les 70%, une performance supérieure à la moyenne mondiale.

Les disparités d’accès à l’assainissement entre zones urbaines et zones rurales sont importantes.

Dans certains pays, niveaux  d’accès à l’assainissement enregistrés en zones rurales sont encore en dessous de 10%.

En ce qui concerne les niveaux d’accès aux services de base (Eau, hygiène et assainissement) dans l’espace OSS, il est aisé de conclure qu’il reste un effort assez important à faire pour atteindre les ODD6, notamment l’accès universel à l’eau et la fin de la défécation à l’air libre et ce malgré les importantes ressources financières consenties par la communauté internationale dans la zone (de 970 millions $USD à 2,3 milliards $USD entre les années 2000 et 2015). Il existe cependant de grandes disparités à l’intérieur de la zone, les pays de l’Afrique du Nord ayant les meilleurs scores. 


Figure32.png

Figure 32. Accès à l’assainissement dans la zone d’action de l’OSS

Source des données : WHO, UNICEF (2019). Joint Monitoring Programme for Water Supply, Sanitation and Hygiene

Gouvernance et gestion de l’Eau dans l’espace OSS

Les Nations Unies reconnaissent que la bonne gouvernance de l’eau constituera la pierre angulaire de l’atteinte de l’Objectif 6 des Objectifs de Développement Durable35. Cette bonne gouvernance se traduit par la formulation et la mise en œuvre des politiques et cadres juridiques et institutionnels adaptés de gestion de l’eau. Elle s’appuie sur les principes d’équité d’accès aux ressources et aux services, d’efficience, de gestion par bassin versant, d’approches intégrées et d’équilibre entre le développement des activités socio-économiques et les besoins des milieux naturels36. Au regard de l’amenuisement des ressources en eau et des fortes pressions exercées sur cette dernière, la nécessité de mise en place de modèles de gouvernance renforcée pour une gestion durable est plus que nécessaire.

On distinguera ici la gouvernance au niveau national puis la gouvernance au niveau des organismes de bassins et aquifères transfrontaliers. Ces niveaux de gestion ne sont pas totalement indépendants mais s’interagissent entre eux au travers de différents mécanismes mis en place par les Etats. 

Organisation de l’environnement politique et juridico-institutionnel de la Gouvernance de l’eau au niveau Pays

La plupart des pays de la zone d’action de l’OSS disposent d’une loi qui encadre de manière globale, la gestion des ressources sur leur territoire de compétence et définit les conditions de coopération avec les autres Etats en ce qui concerne la gestion des eaux partagées. Dans les pays où il n’existe pas de loi spécifique pour la gestion des ressources en eau, certaines dispositions relatives à des questions spécifiques telles que la pollution, la protection des ressources en eau, la police de l’eau […] sont incluses dans les législations relatives à la gestion de l’environnement ou des ressources naturelles.

A l’émergence de l’approche « Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) » après la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de Rio de Janeiro en 1992, plusieurs pays de la zone d’action de l’OSS ont formulé ou actualisé leur politique et législation sur l’eau afin de les conformer aux principes de la GIRE. Les dispositions et orientations de ces nouveaux instruments prévoient la mise en place de cadres de gouvernance plus adaptés pour une gestion plus efficace et durable des ressources en eau avec la participation des acteurs concernés à tous les niveaux. Cette nouvelle approche favorise la répartition des rôles et responsabilités entre l'Etat, les collectivités territoriales et les agriculteurs, les distributeurs, les pêcheurs et les aquaculteurs, les usagers industriels, les grands aménageurs régionaux, les comités d'eau potable et les associations de protection à différents niveaux de gestion (GWP, 2000). Cela impose de prendre en compte dans la politique de gestion de l’eau, les orientations et aspirations des politiques des secteurs connexes comme ceux de l’agriculture, de l’environnement, de l’aménagement du territoire, de la santé, du tourisme, etc. 

En Afrique de l’Ouest par exemple, cette initiative a connu un soutien politique au niveau régional à travers l’adoption par la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO (i) d’un Plan d’Action Régional de GIRE de l’Afrique de l’Ouest (PARGIRE/AO) à Bamako en 2000 et (ii) d’un nouveau cadre institutionnel régional de gestion des ressources en eau en décembre 2001 à Dakar. A la suite de l’adoption de ces instruments au niveau régional, le processus GIRE a progressivement pris corps dans les différents Etats, mais il reste encore beaucoup d’effort pour la concrétisation des objectifs fixés.

En effet, à l’évaluation des progrès réalisés en 2018 en ce qui concerne la gouvernance des ressources en eau au plan mondial, il est constaté que c’est dans les domaines de la coordination trans-sectorielle et de la participation du public à l’échelon national que l’on enregistre le plus de progrès (62 %), mais que le financement (33 %), l’égalité des sexes (33 %) et la gestion des aquifères (41 %) sont sources de préoccupation (ONU, 2018).

Tout récemment, les Nations Unies ont intégré les préoccupations relatives à la Gouvernance de l’Eau dans le Programme de Développement Durable à l’horizon 2030 à travers les cibles 6.537 et 6.638 de l’ODD 6. Cela engage d’avantage les États Membres dans la voie du renforcement de la gestion intégrée des ressources en eau et écosystèmes associés ainsi que la coopération transfrontière pour les ressources en eau partagées pour pouvoir atteindre ses objectifs. 

Gouvernance des eaux transfrontalières

Selon le Réseau International des Organismes de Bassin (RIOB), la gouvernance des eaux transfrontalières (Bassins fluviaux, lacustres et aquifères transfrontaliers) reste assez spécifique pour différentes raisons :

* La gestion de l’eau à répond à différents cadres politiques juridiques et institutionnels, illustrant la souveraineté des Etats riverains sur leur domaine de gestion de l’eau ; 

* Les intérêts et objectifs d’utilisation des ressources en eau sont divergents selon la situation amont ou aval des pays et dépendent beaucoup du degré d’intégration des politiques de gestion de chacun ; 

* L’implication d’un pays dans la coopération transfrontalière est souvent corrélée à l’importance de son territoire ou de son économie au regard de la ressource transfrontalière ;

* Les situations conflictuelles sur le partage de l’eau sont plus complexes et plus difficiles à gérer que dans le cas de bassins nationaux, ces conflits étant souvent entachés de conflits historiques non liés à l’eau ;

* La circulation d’informations et de données sur l’eau considérées comme stratégiques y est plus délicate, particulièrement en situation de tensions sur les ressources en eau.

Cas des bassins fluviaux et lacustres partagés

Dans la zone d’action de l’OSS, les principaux grands bassins fluviaux et lacustres transfrontaliers sont dotés de mécanisme de gestion concertée de ces bassins à travers les organismes de Bassin Transfrontaliers (OBT). Les pays membres de ces Organisations signent des accords et des traités et mettent en place des mécanismes ou institutions inter-gouvernementales ayant pour mandat, le développement intégré des ressources en eau et ressources connexes de ces bassins. 

Les bassins transfrontaliers de la zone d’action de l’OSS disposant actuellement d’Organisme de Bassin fonctionnels (avec la date de création et le lieu du siège de l’organisme de bassin) sont mentionnés dans le tableau 1(voir plus haut).

Chacune des organisations de bassin de la région est unique en termes de dispositifs institutionnel et technique, de mandat, d’objectifs et de bilan. 

Au plan institutionnel, le dispositif comprend entre autres organes et selon les cas :

  • Un Sommet des Chefs d’Etats; 
  • Un Conseil/Comité des Ministres qui fait office d’organe de décision ; 
  • Un Secrétariat Exécutif/direction exécutive (organe d’exécution); Dans certain cas cet organe à d’autres appellations comme Secrétariat Général (pour la CICOS), Haut-Commissariat (pour l’OMVS).
  • Un Comité des Experts;
  • Un Comité de Bassin/forum des parties prenantes au développement du bassin (organe consultatif) ; Dans certains cas, plusieurs organes consultatifs (ad ’hoc) ou permanents peuvent être mis en place ;
  • Un Comité des Partenaires Techniques et Financiers.

La plupart des OBT s’appuient aussi sur des « structures-relais » dans les pays comme interface et de coordination entre eux et les États membres. C’est le cas de l’Autorité du Bassin du Niger (ABN) qui dispose dans chacun des pays membres d’une Structure Focale Nationale relevant du Ministère de tutelle dans le pays et animée par des diverses compétences couvrant les champs thématiques en rapport avec les ressources en eau Malheureusement, dans la plupart des cas, ces structures ne sont pas pleinement opérationnelles, faute de moyens financiers pour leur fonctionnement. 

  • Au plan juridico-réglementaire et technique : 
  • Une Charte de l’Eau du bassin ;
  • Un plan Directeur de Développement du bassin ;
  • Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion de l’Eau

Comme point fort essentiel, il est à retenir que les OBT se sont révélés être un instrument efficace pourvoyeur aux pays riverains de nombreux services comme : (i) le renforcement de la coopération pour les Etats riverains pour (ii) l’exploitation rationnelle des ressources en eau et le partage de divers bénéfices qui en découlent, (iii) la prévention et la gestion des conflits entre Etats partageant le bassin.

Cependant, pour la plupart des OBT de l’espace OSS, il existe des certaines insuffisances inhérentes à leur gouvernance qu’il est nécessaire de combler afin d’accroître leur performance. 

Cas des eaux souterraines transfrontalières : Aquifères partagés

La gestion des eaux transfrontalières a concerné majoritairement les eaux de surface, de rivière ou de lac. Les eaux souterraines ont été longtemps considérées comme une solution après coup dans tous les traités relatifs aux eaux de surface, et ont un statut inférieur aux eaux de surface. La réflexion et le champ d’action des organisations transfrontalières sur la gestion des aquifères transfrontaliers ne se sont développés que récemment sous l’impulsion des organisations internationales mais restent encore très timides. Ainsi, les eaux souterraines sous-jacentes aux bassins fluviaux ou lacustres internationaux transfrontaliers font de plus en plus l’objet d’une attention particulière à travers les actions du RAOB, dans le cadre des traités, accords et commissions mixtes établis pour ces bassins d’eaux de surface transfrontières comme c'est le cas du fleuve Sénégal et du lac Tchad.

En gros, sur les 608 aquifères transfrontaliers dans le monde, 6 systèmes aquifères dont 3 en Afrique, sont actuellement dotés d’un cadre/Accord de concertation (Burchi, 2018). Dans l'espace OSS, les systèmes aquifères disposant actuellement de ce type d'accord sont les suivants :

  • Le Système Aquifère des Grès Nubiens (Tchad, l'Égypte, la Libye et le Soudan) : Un organe intergouvernemental conjoint de gestion dénommé "Joint Authority for the Study and Development of the Nubian Sandstone Aquifer System est opérationnel depuis 1991 avec son siège établi à Tripoli (Lybie) pour la gouvernance concertée des ressources de cet aquifère. Il a pour objectifs, l`étude, le développement et la gestion des ressources hydrauliques de l`aquifère, sa protection et sa conservation ainsi que sa bonne gestion pour le développement économique et social global des pays membres. De plus amples informations sur l'organe peuvent être obtenues sur son portail web: https://www.nsasja.org/about_en.php.
  • Le Système Aquifère du Sahara Septentrional (Algérie, Libye et Tunisie) : Les trois pays ont signé un accord en 2006 pour la création d'une structure permanente au niveau politique et technique dénommée "Mécanisme de Concertation du SASS" pour coordonner la gestion des ressources en eau du SASS. La mise en place du Mécanisme a été effective en 2008. Il a essentiellement pour objectifs, la production d’indicateurs sur la ressource et la demande en eau; l'élaboration de scenarios de gestion, le renforcement, l'alimentation et l'actualisation de la base de données du SASS et le développement et la gestion en commun de réseaux d’observation et de mesure.

L'architecture institutionnelle du Mécanisme de Concertation comprend: un Conseil des Ministres (Ministres en charge de l'eau dans les 3 pays), un Comité Technique Permanent (composé des Directeurs en charge de l'eau dans les 3 pays), une Unité de Coordination, des Comités Nationaux et des Groupes de Travail Ad hoc. 

Des réflexions sont actuellement en cours pour analyser les possibilités de renforcer les actions du Mécanisme. 

  • Le Système Aquifère d’Iullemeden-Taoudéni/Tanezrouft (ITTAS) : Il existe actuellement un accord (techniquement, un protocole d'accord) adopté en 2009 entre le Mali, le Niger et le Nigeria pour la mise en place d'un accord consultatif trilatéral pour le système aquifère d'Iullemeden (SAI). L'accord n'est pas encore entré en vigueur, mais il doit être remplacé par un accord ultérieur (également un protocole d'accord) conclu en 2014 entre les sept pays concernés par le Système Aquifère d’Iullemeden-Taoudéni/Tanezrouft à savoir l'Algérie, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Nigeria. Cet accord ultérieur n'est toutefois pas encore en vigueur dans l'attente de la signature de trois des Parties ;

Tous les accords internationaux sur les eaux souterraines transfrontières respectent et attestent de certaines normes internationales fondamentales énoncées dans des instruments juridiques assez souples et non contraignants. Les plus remarquables de ces instruments, spécifiques aux aquifères sont :

  • Le « Projet d'articles sur le droit des aquifères transfrontières », annexé à la Résolution des Nations Unies 63/124 du 11 Décembre 2008)39 et,
  • Les « dispositions types sur les eaux souterraines transfrontières » (2012) sous l'égide de la Convention de 1992 de la Commission économique des Nations Unies pour l'Europe (UNECE) sur la protection et l'utilisation des cours d'eau transfrontières et des lacs internationaux (CEE-ONU, 2012).

Défis majeurs de l’OSS pour l’amélioration de la gestion et de la mobilisation des ressources en eau dans l’espace du Sahara et du Sahel

Il existe des défis majeurs pour l’OSS afin de répondre aux besoins spécifiques des pays en ce qui concerne la gestion et la mobilisation des ressources en eau. La plupart de ces défis sont contenus dans sa stratégie actuelle40 et peuvent se résumer aux points décrits ci-après.

  • La poursuite de la proposition d’outils d’aide à la décision au profit des Etats pour renforcer la connaissance et améliorer la planification des ressources en eau, en particulier les eaux partagées
  • Dans ce paquet, l’OSS envisage de poursuivre ses efforts à travers :
  • L’étude des grands aquifères transfrontaliers (en cours et nouveaux) en portant une attention particulière sur la connaissance des interactions entre eaux de surface et eaux souterraines. Ces investigations ont pour intérêt de mieux prévoir ce que pourra être l'impact d'une diminution des précipitations sur cette ressource ;
  • Un renforcement de ses interventions dans la région de l’Afrique de l’Est (zone IGAD) qui connaît des sécheresses récurrentes et d’autres désastres naturels ou anthropiques. Ces phénomènes ont pour conséquences l’aggravation de la pauvreté et le sous-développement qui accélère alternativement la dégradation des ressources naturelles et de l'environnement. Dans un tel contexte, la mise à disposition d’outils de planification et d’aide à la décision robustes sera d’une importance capitale aux décideurs ;
  • Le renforcement des capacités des structures nationales de ses partenaires sur les outils de la gestion intégrée des ressources en eau ;
  • La consolidation du partenariat technique entre l'OSS et tous les organismes concernés par la gestion des eaux partagées.
  • L’appui aux Etats pour l’identification et la mise en œuvre d’actions de développement des ressources en eau en tenant compte du contexte climatique
  • Ces actions concerneront :
  • Le renforcement des activités relatives aux usages et à l’efficience de l'eau (notamment l’usage agricole) déjà entamés dans le cadre du projet SASS en Afrique du Nord. Il est nécessaire de poursuivre cette initiative et de l’étendre aux autres régions de l’espace OSS.
  • L’appui-conseil (Technique) pour la mobilisation eaux non conventionnelles. Les pays du Maghreb ont une tradition de ces techniques qui méritent encouragement et exportation dans les autres pays.
  • L’appui technique pour la gouvernance et la gestion concertée des ressources en eau partagées avec un focus sur les aquifères transfrontaliers

On note que la plupart des bassins versants transfrontaliers disposent de mécanismes et d’institutions intergouvernementales mettant en œuvre une gestion concertée des eaux de surface, sauf pour les bassins hydrographiques partagés en Afrique du Nord (Maghreb notamment) où il va être nécessaire d’entreprendre des actions dans ce sens. Dans le domaine des aquifères transfrontaliers (eaux souterraines) en général, il reste encore beaucoup à faire.

Il s’agira alors ici de renforcer d’avantage le fonctionnement des mécanismes de concertation existants au niveau des aquifères transfrontaliers, notamment celui du SASS (déjà opérationnel) et celui de l’Iullemeden-Taoudéni/Tanezrouft en cours de mise en place et de poursuivre la mise en place de tels organes pour d’autres aquifères qui n’en disposent pas encore. Ces mécanismes devront être dotés des instruments juridiques, règlementaires et institutionnels adaptés.

Cette catégorie ne contient aucune page, sous-catégorie ou fichier multimédia.